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[Critique PS5] Haven : un jeu Haven-gardiste !

J’ai toujours trouvé inapproprié, voire ironique les situations où certaines personnes disent qu’un jeu est trop mature juste parce qu’il y a de la violence à outrance ou bien parce qu’il y a du sexe. Oui, certes, vaut mieux éviter de mettre ce genre de jeux entre les mains des enfants, mais il faut tout de même faire la distinction entre les jeux que l’on qualifierait d’adulte et ceux que l’on qualifierait de mature, car même si ces notions peuvent être complémentaires, dans la majorité des cas, ceux dont on dit souvent qu’ils sont mature le sont rarement.

Et attention, je ne dis pas non plus que c’est une mauvaise chose, moi-même aime bien jouer à certains jeux adultes pour le plaisir de m’amuser, mais si en plus de ça ledit jeu est mature et propose des pistes de réflexion un minimum profondes ou bien une expérience dans laquelle je me suis retrouvé d’une manière ou d’une autre car j’ai senti qu’elle était basée sur du vécu et non une vision fantasmée de notre monde basée uniquement sur le prisme de la violence et du sexe, bah ça me plaira automatiquement beaucoup plus !

Pensez à Xenogears et Final Fantasy Tactics avec leurs réflexions sur la religion, That Dragon Cancer qui raconte l’expérience véritable de parents ayant perdu leur enfant face à un cancer, Papers Please et une reconstitution des dilemmes moraux que peuvent confronter certaines personnes face à un régime oppressif ou bien, plus récemment, Yakuza Like a Dragon, qui au passage réussit l’exploit à mêler un jeu incroyablement sombre, adulte et mature à beaucoup de passages absurdes et drôles.

Et aujourd’hui je suis plus que content de pouvoir rajouter Haven à cette liste. Un jeu qui parle de relations amoureuses au sein d’un jeune couple avec toutes les interrogations et parfois les craintes qui y sont associées sans jamais non plus plonger à fond dans la dramatisation à outrance juste pour avoir un semblant de scénario dynamique (coucou Catherine, que j’aime beaucoup, mais dont son personnage principal s’enfonçait limite trop et de manière systématique alors que chaque situation aurait pu être résolu en 10 minutes si ça avait avait été abordé comme dans Haven).

Ici, les relations sont crédibles, les dialogues plus que convaincants et j’y croyais énormément, et ce même si l’histoire se passait dans l’espace !

Pour le coup, c’est aussi une de ces très rares fois où je suis convaincu que l’appréciation d’un jeu se base presque entièrement sur le vécu du joueur, car il y a énormément de situations qui paraîtront peu crédibles pour ceux qui ont été en couple avec certains types de personnes ou bien ne veulent pas être en couple ou ne le sont pas encore. Et c’est aussi pour cette raison que je me suis tellement retrouvé dans ce jeu que j’ai limite l’impression que quelqu’un a installé une caméra dans notre appart pour ensuite écrire les dialogues… Hum…

Son of a gliche !

L’histoire de Haven n’est pas la plus complexe qui existe : Yu et Kay, deux jeunes adultes, ont décidé de fuir leur monde et un système oppressif afin de se réfugier sur la planète Source, une planète habitable, mais inhabitée à l’exception de la faune et de la flore locale, afin de vivre pleinement leur amour. Bien évidemment, il y a quelques petits twists ici et là, mais je ne vais pas élaborer plus pour ne pas spoiler… Même si au bout de 3h de jeu j’avais presque plus ou moins toutes les clés en main pour savoir ce qui allait se passer.

En fait Haven n’est pas tant un jeu qui se joue pour son scénario plus qu’un jeu qui permet de vivre le temps d’une dizaine d’heure la vie de Yu et Kay jouant les Robinson Crusoé à récolter suffisamment de ressources pour vivre convenablement et récupérer des pièces pour leur vaisseau, qui a connu un malencontreux accident en arrivant. Le jeu est hyper verbeux et on passera la majorité du temps à écouter nos protagonistes parler aussi bien du passé, que de l’avenir, de leurs doutes et de l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre. C’est un amour jeune, fort, puissant, fusionnel et très intime tels qu’on les voit finalement pas si souvent dans les jeux vidéo et qui risquera peut-être d’en agacer certains tant ça peut être niais… Mais c’est aussi hyper crédible et ça me rappelait beaucoup ma propre expérience, ainsi que celle de Leo et Lara dans les Chroniques de Loutre-Monde. Ce n’est pas de l’amour contraint à suivre les règles d’un scénario classique (même s’il y a un ou deux passages qui le font), mais un amour tel qu’on en retrouve dans la vraie vie et c’est une véritable bouffée d’air frais de revivre ça !

Après, dans le cadre de l’expérience de jeu en tant que tel, je dois quand même avouer que parfois le jeu traînait juste un chouille en longueur et je pense qu’il aurait pu se terminer une ou deux heures plus tôt… Notamment à cause du gameplay et de la structure du jeu.

Haven est n’est ni totalement un visual novel et encore moins un RPG, mais un vrai jeu d’exploration dont le but est simplement de progresser sur la carte sans véritable objectif en dehors des rares fois donnés par le scénario et retrouver des pièces pour réparer notre vaisseau pour débloquer la fin du jeu. D’ailleurs, un truc que j’ai trouvé hyper cool de la part des développeurs, c’est que lesdites pièces de vaisseau à retrouver ne sont pas uniques et il y en a généralement deux si l’on excepte le tout dernier morceau, faisant qu’ainsi on peut progresser de manière assez fluide dans l’histoire sans avoir à fouiller chaque zone que l’on visite de fond en comble car on finira tôt ou tard par tomber sur la pièce qui nous manque. Un autre truc qui rend l’exploration agréable, c’est la carte que l’on débloque au bout d’une heure et demi. Même si je ne suis pas 100% fan de la forme qu’elle prend, elle a au moins le mérite de présenter des petites descriptions dans le menu de pause ainsi que d’éventuels indices quant au fait que l’on aie exploré à fond ou non chaque zone.

Car concrètement, le jeu nous demandera de nettoyer chaque zone de la rouille rouge qui l’envahit en volant sur des points spécifiques. Touchez tous les points rouges et la zone sera de nouveau propre, faisant qu’il n’y aura plus d’ennemis à combattre et que vous pourrez utiliser un moyen de transport instantané un peu plus tard pour revenir dans cette zone sans avoir à vous taper tout le chemin. Chaque action majeure permet aussi de gagner des sortes de points d’expérience où à chaque niveau atteint vous débloquez une cutscene spéciale en plus d’un petit boost de santé et soit d’attaque, soit d’autres petits trucs qui sont utiles en combat ou bien pour la traversée du monde.

D’ailleurs, la traversée du monde est un de ces trucs qui ne m’a malheureusement pas totalement convaincu. Concrètement, si vous décidez de marcher, vous avancerez beaucoup trop lentement. La seule vraie solution, c’est de maintenir le bouton de vol enfoncé. Ça va vite, ça marche bien la plupart du temps, mais vous perdez le contrôle de la caméra qui prendra un angle fixe et pour atteindre certaines zones ou bien recharger vos batteries, il faudra suivre des rails bleus. Dans certains cas, ça passe, mais dans d’autres, c’est inutilement sinueux, au point que ça peut parfois durer une plombe pour les utiliser sachant que si vous relâchez le bouton alors que vous êtes en hauteur, vous tombez et il faudra donc retrouver le bon rail et tout recommencer depuis le début. Heureusement ce genre de situation reste rare, mais il m’est parfois arrivé de tourner en rond pendant cinq bonnes minutes parce que je n’arrivais pas à trouver le bon rail ou bien la porte qui me permettrait de passer à la zone suivante. Ajoutez à ça le fait que pour faire demi-tour il faut maintenir le stick vers le bas et il arrivera parfois que vous fassiez demi-tour sans le vouloir.

L’autre truc qui ne m’a pas trop convaincu vient du système de combats, que je n’ai jamais vraiment bien maîtrisé, car il s’apparente à un système de tour par tour classique, mais l’interface disparaît si vous ne faites rien, me donnant parfois l’impression que je ne pouvais rien faire alors qu’en fait je pouvais attaquer à tout moment en maintenant un des boutons d’attaque enfoncés suffisamment longtemps. Peut-être est-ce aussi parce que j’ai un peu trop l’habitude des RPG au tour par tour classiques, mais c’est cette disparition d’interface qui m’a souvent fait prendre des coups gratuits parce que j’attendais qu’elle s’affiche.

Heureusement, quasi tous les combats sont optionnels et il est possible de faire presque tout le jeu sans se battre. L’autre truc vraiment bien, c’est qu’une fois qu’un monstre est battu dans une zone et a été purifié, il le reste définitivement. Il ne redeviendra jamais méchant, même quand vous éteignez la console et y rejouez plus tard, un peu comme le mode Pacifist de Undertale, mais à ceci près qu’en plus vous pouvez câliner la plupart des monstres après coup.

Enfin, côté présentation, Haven est plutôt bon. La musique électro joue parfaitement avec l’ambiance détendue du jeu, l’intro du jeu est absolument incroyable et est un bijou d’animation et les acteurs qui jouent les rares personnages du jeu font un excellent boulot… Même si le mixage du son des enregistrements peut parfois partir dans tous les sens, avec des moments où l’on sent que les acteurs étaient plus loin de leur micro que d’habitude, le volume des voix est assez inégal ou bien la qualité des enregistrements qui en prend un coup d’une ligne sur l’autre. Vu les circonstances actuelles, je pense deviner pourquoi, mais bon, ça n’a pas non plus entâché mon expérience. J’ai aussi remarqué quelques baisses de framerate, même sur la version PS5, mais là non plus pas de quoi impacter négativement mon expérience.

Au final, j’ai passé un bon moment sur Haven ! Certes, ça traînait un peu en longueur par moments et je ne me suis jamais habitué au système de combat, mais l’histoire et ses personnages couplé à l’ambiance détendue de l’expérience fait que j’avais devant moi le jeu parfait pour me remettre de la folie de ces dernières semaines.

Pour le coup, je ne pense pas pouvoir recommander le jeu à tout le monde vu le sujet abordé et son rythme qui pourrait être trop lent pour certains, mais si vous êtes un nerd qui vit en couple avec une autre nerd, il y a très fortement moyen pour que vous soyez choqué par la précision presque chirurgicale de certains de ses dialogues et il y a de très fortes chances pour que vous balanciez régulièrement des regards complices à votre partenaire en jouant, auquel cas je vous recommande très fortement de le faire !

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