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[Critique PS5] Demon’s Souls, ou comment j’ai appris à accepter que je n’aimerai jamais ce jeu (sans tricher)

Il y a quasiment une dizaine d’années, j’ai acheté un petit jeu PS3 avec une jaquette menaçante et un titre évocateur : Demon’s Souls. Tout le monde en parlait et j’étais curieux de voir ce qui allait devenir le prédécesseur d’un titre qui allait révolutionner le monde du jeu vidéo…

Je suis arrivé au dragon sur le pont dans le premier niveau, ai pris peur et ai ramené le jeu en boutique le lendemain en prétextant que la console n’arrivait pas à le lire.

Me sentant toujours un peu honteux de cette démonstration de couardise, j’ai décidé de prendre ma revanche cette année avec le remake sortant sur PS5 ! Tout le monde en parle avec une ferveur encore plus grande qu’à l’époque pour un jeu qui se présente comme le fer de lance d’une nouvelle génération de consoles ! J’étais déterminé à enfin passer ce fichu pont et finir le jeu !

Eeeet je me suis tellement ennuyé dessus que j’ai décidé de mettre en place un glitch qui brisait le jeu en deux pour enfin m’amuser.

Alors oui, j’ai triché, mais il faut dire qu’avant que je ne mette en place le moyen qui me permettrait de passer un peu de bon temps, mon appréciation pour le jeu était tellement négative que je faisais tout pour ne pas y jouer, y compris prétexter faire les courses ou la vaisselle, chose qui ne m’est jamais arrivée ! Enfin… Pas ne pas faire les courses ou ne pas faire la vaisselle, hein, juste faire ces trucs-là juste pour ne pas avoir à faire un jeu auquel je ne veux plus jouer.

Mais quelque chose a changé. Une fois le glitch mis en place, il s’est passé l’effet totalement inverse : je ne voulais plus m’arrêter de jouer ! J’ai enchaîné une session de cinq heures sans broncher et me suis beaucoup amusé. J’étais un véritable canon de verre qui défonçait tout sur son passage en un coup façon Saitama, mais avec la contrepartie d’aussi pouvoir me faire défoncer en un à trois coups. C’était comme jouer au mode Heaven or Hell de Devil May Cry 3 où aussi bien le joueur que les ennemis peuvent se faire descendre en un coup, créant une sorte de jeu à la fois dangereux dans le sens où l’on peut tout perdre sur une erreur d’inattention, mais aussi hyper drôle dans le sens où l’on a quand même un gros avantage.

Quant à la question de pourquoi je n’avais plus envie d’y jouer en mode normal, ce n’est vraiment pas une question de difficulté, loin de là, mais juste une question de rythme, où le côté méthodique et très lent de l’expérience et les pièges parfois un peu débiles faisaient que, pour moi, c’était tout simplement très ennuyant, pas fun et je ne ressentais pas vraiment plus de plaisir à tuer les boss après plusieurs essais. C’est exactement la même chose avec la plupart des survival-horror, où je ne suis pas tant tendu que ça que généralement très apathique et ennuyé tant qu’il ne se passe pas quelque chose.

Bien entendu, tout n’est qu’affaire de goûts et le but de cette erm… “Critique” (?) va être aussi de montrer un point de vue assez différent du consensus qui s’est installé, non pas juste pour être contradictoire, mais plutôt pour rassurer ceux qui n’ont pas accroché au jeu, parce que bons dieux que la pression exercée par une partie de la communauté des fans de Souls peut être immonde, en mode « Si tu n’aimes pas les Souls, alors tu n’aimes pas les jeux vidéo », donnant aussi l’impression qu’il faut obligatoirement aimer ces jeux pour faire partie des hardcore gamers.

Enfin bref, maintenant que j’ai expliqué pourquoi je n’ai pas trop apprécié le jeu tel qu’il est conçu,temps de vous expliquer ce qu’est Demon’s Souls, ce que j’ai apprécié, ce que ce remake apporte et en quoi ça reste un jeu à au moins essayer une fois dans sa vie (ou bien n’importe quel Souls-like, sachant d’ailleurs que Bloodborne est dispo dans la collection PlayStation Plus) !

Soul Soleil

Demon’s Souls est un jeu à la base développé par From Software, un studio connu à l’époque pour la série des Armored Core, Metal Wolf Chaos et pas mal de jeux à budget assez modeste en plus de Kuri Kuri Mix (mon premier jeu From Software !) Je ne vais pas aller trop en détail sur la conception de Demon’s Souls, qui est tout aussi incroyable qu’étrange et vous recommande de lire le livre Dark Souls Par delà la mort chez Third Edition ou bien si vous comprenez l’anglais regarder la vidéo Wha Happun sur le sujet.

La version très courte, c’est que Sony a demandé à From Software, un assez petit studio, de faire un jeu capable de rivaliser avec The Elder Scrolls IV Oblivion et l’équipe de développement a décidé de faire tout autre chose car elle se rendait compte que c’était pas évident de faire un projet aussi ambitieux que le titre de Bethesda. Suite à une présentation à la presse qui ne s’est pas bien passée (parce que va présenter un jeu lent et méthodique à un événement où les gens n’auront pas plus d’une demi-heure à lui consacrer), Sony s’est rendu compte que le jeu n’était pas ce qui était demandé et l’a très mal pris, mettant de côté la campagne de promo qui aurait du lui être consacrée et donc logiquement le jeu est sorti et a fait un bide total au Japon… Mais c’était sans compter sur des américains qui ont mis la main sur cet étrange titre et se sont mis à en faire la promo. Atlus, sentant qu’il avait un coup à jouer, a demandé à Sony s’ils pouvaient éditer le jeu aux États-Unis, ce que Sony a accepté sans trop de conviction en mode « Eh, amusez-vous avec si ça vous chante. » Le jeu a cartonné, puis Bandai Namco, encore plus malin qu’Atlus a édité Demon’s Souls en Europe et a au passage sécurisé les droits d’une suite auprès de From Software qui s’appellerait Dark Souls et vous connaissez la suite. Dark Souls est devenu un des plus gros succès de la dernière décennie, consolidant le genre comme un tout nouveau genre de jeu, etc etc.

Et le truc, c’est que Demon’s Souls, malgré son statut de fondateur du genre, s’était fait effacer par son penchant plus Dark et n’a donc pas eu le droit au traitement de faveur d’un remaster qui malgré tout était demandé à corps et à cris par tous ceux qui se souvenaient du jeu. On peut imaginer que c’est pour tenter de s’excuser auprès de From Software en plus d’exaucer les souhaits des fans que Sony a décidé de mettre en chantier un remaster/remake de Demon’s Souls et, tant qu’à faire, d’en faire carrément le plus gros titre du lancement de la PS5, totalement exclusif à celle-ci et conçu pour montrer les capacités de sa nouvelle machine !

Et pour le coup, de ce côté-ci, les équipes de Bluepoint Games se sont lâchées, puisque le jeu est absolument sublime, avec des effets de lumière vraiment chouettes (et que j’imagine encore plus fous avec le HDR et la 4K), les temps de chargement sont tellement rapides que l’expérience de jeu est beaucoup plus confortable, les musiques sont désormais orchestrales et le travail sur le son est plus qu’admirable ! Sérieusement, si vous pouvez y jouer au casque, faites-le, parce que le son en 3D est tellement précis que j’ai eu un petit frisson lorsqu’une boule de feu a frôlé la tête de mon personnage ! Jouer avec le son directement injecté dans nos oreilles permet aussi de repérer avec une précision redoutable la position de nos adversaires et parfois ainsi déjouer certains pièges ou embuscades. Bon, il y a aussi les fois où le jeu sait que c’est trop efficace et va donc faire des petits bruits plus ou moins lointains pour brouiller les pistes ou bien vraiment mettre de l’emphase sur les bruits les plus gluants possibles pour les monstres les plus dégueus.

D’ailleurs, je vais profiter de cette transition pour dire que le jeu est hyper crade et dégueu, mais dans le bon sens du terme. C’est parfois dans l’excès, notamment avec les monstres vraiment purulents, mais globalement la galerie d’abominations que l’on affronte est assez esthétiquement déplaisante, surtout dans le val fangeux ou bien à la base de la tour de Latria. Ce qui est moins dégueu en revanche, ce sont les décors vraiment fous visuellement, rendus d’autant plus beaux avec les améliorations graphiques du remake ! La cité de Bolétaria est incroyablement belle, tout comme la tour de Latria (tant que l’on ne regarde pas en bas) et le Sanctuaire des Tempêtes possède une ambiance plutôt unique de fort à l’abandon où l’on sent qu’il s’est passé des trucs… Ce qui me fait penser que je n’ai pas parlé de la partie histoire et, même si ça reste assez obscur, Souls oblige, ça reste l’histoire la plus simple à suivre. En gros un vieux démon pas gentil s’est réveillé et a englobé un royaume d’un brouillard dans lequel vivent des démons et il en revient à nous de faire le ménage. Il y a bien évidemment une tonne de petites subtilités cachées, mais pour celui qui se limite à la surface, il y a largement de quoi comprendre ce qu’il se passe.

Côté nouveautés par rapport au jeu original, il n’y a finalement pas vraiment grand chose en dehors de tout ce qui est esthétique. Il y a juste quelques ajustements ici et là pour notre confort et les mondes Fracturés, qui se résume à un bête mode Miroir, mais dans un jeu où l’on apprend le level-design par cœur au point que naviguer dans les niveaux peut devenir automatique, ça peut faire toute la différence. Dans l’esprit, ça reste ce même jeu parfois très cryptique par moments, et pour rester fidèle à l’original, Bluepoint n’a pas touché au placement des ennemis, ni touché à leur I.A… Ce qui fait qu’ils sont toujours aussi cons qu’à l’époque et ça peut donner des moments très drôles, même chez certains boss, comme le Rôdeur Enflammé qui ne sait pas comment réagir si l’on attaque à distance au point de nous laisser le sniper tranquille.

Niveau structure, le jeu est divisé en cinq mondes, chacun divisé en trois à quatre niveaux, sachant que le premier niveau de chaque monde a tendance à être le plus facile et le dernier est un giga boss qui peut être un bon gros défi selon les cas. Pour le coup, je vous conseille de vous focaliser en premier sur le Val Fangeux et le Tunnel du Rochecroc, car leurs boss de fin sont globalement bien plus simples.

En fait, le truc qui fait que je ne suis pas particulièrement fan du jeu de manière générale de manière normale, c’est que chaque niveau peut être vu comme une sorte de puzzle ou de parcours d’obstacle, mais à ceci près que si tu fais une erreur grossière ou fatale, t’es obligé de te retaper plus ou moins tout le puzzle depuis le début et presque toutes les étapes sont remises à zéro. Bien évidemment, les choses changent à chaque mort puisque d’une vous saurez où sont tous les pièges que vous vous êtes déjà mangés et de deux, certaines énigmes et épreuves restent à l’état de résolues et il existe dans certains niveaux des raccourcis qui rendent la progression plus rapide… Mais ça reste cet élément de répétitivité forcée de trucs qui sont parfois bien relous qui ne collait pas avec moi.

Bien entendu, certains verront le verre d’eau à moitié rempli dans le sens où certains obstacles qui leur semblaient insurmontables quelques heures plus tôt ne sont désormais que des petits contretemps et donc ils s’attacheront plus au sentiment de progression qui en découle, mais dans mon cas, je voyais plus ça comme essayer de foncer encore et toujours tête baissée contre un mur en se faisant bien mal au passage toujours dans l’espoir de le voir céder. Pas que je n’y vois pas l’intérêt, mais j’ai découvert en rejouant à ce jeu que ce n’est pas trop mon truc.

Un autre truc que je n’ai pas forcément aimé… C’est le level-design. On sent que c’était la première fois que From Software expérimentait avec la formule et là où par exemple tous les niveaux de Bolétaria ou du Sanctuaire des Tempêtes sont impeccables et le premier niveau de la tour de Latria est hyper cool et très différent du reste du jeu, d’autres niveaux possèdent des éléments vraiment énervants qui rendent la progression plus éreintante que stimulante… Le Val Fangeux en particulier est une purge à ce niveau, avec ses plateformes tellement étroites qu’une attaque de travers ou bien le lock-on qui suit parfois un peu trop bien l’ennemi peut vous envoyer dans le vide. Heureusement, il y a plus de niveaux sympas que de niveaux bourrés de pièges stupides et je ne vais pas pointer du doigt des défauts d’un jeu qui a concrètement plus de 10 ans et dont From Software a depuis pris acte pour faire des jeux bien plus maîtrisés après coup.

Plus positivement, le truc vraiment impressionnant avec Demon’s Souls, c’est le niveau de customisation qui permet de créer son personnage tel qu’on l’entend. Rien que l’éditeur de personnages est hyper complet, avec une tonne d’options qui permet de faire ce que l’on veut, mais il existe aussi plein de classes à sélectionner avec des stats de départ qui leurs sont propres ainsi qu’un trait qui les rend plus ou moins faciles à utiliser. Certains seront spécialisés dans les attaques de mêlée, tandis que d’autres seront plutôt utiles aux attaques à distance (et la classe de royauté qui permet de balancer des sorts surpuissants à une distance confortable). Ce choix de départ n’influencera pas non plus totalement votre partie, puisqu’il est possible de rectifier le tir rapidement en investissant vos âmes dans des points que vous jugerez pertinent.

Je vais vous épargner un passage sur les boss ou bien le online, puisque pour ce qui est des boss, j’ai sorti un Saitama à la moitié d’entre eux et les autres j’ai exploité leur I.A bancale ou des zones où l’on est intouchable pour m’en sortir le plus facilement possible et pour le online, là-aussi je n’ai pas grand chose à dire puisque j’ai joué au jeu hors ligne. Certains diront que c’est une hérésie et que je suis passé à côté de 50% de l’intérêt du jeu, mais je n’avais pas l’intention de faire appel à d’autres joueurs de toutes façons parce que c’était courir sur le risque que quelqu’un n’envahisse ma partie pour me tuer et me faire recommencer des niveaux que je trouvais déjà poussifs, donc la flemme et je ne lis jamais les indices au sol, donc je n’aurais pas vraiment loupé grand chose quoi qu’il arrive.

Et pour ce qui est de la durée de vie, là aussi je ne peux pas non plus clairement me prononcer, puisque passées les huit premières heures de jeu j’ai accompli le rituel qui m’a rendu surpuissant et ai fini le jeu en 13 heures, le reste du temps étant consacré à me balader et apprécier les niveaux pour ce qu’ils étaient vraiment. Pour un joueur normal, le jeu devrait leur prendre une vingtaine, voire une trentaine d’heures et sachant qu’il y a plusieurs New Game + où à chaque fois que vous finissez le jeu, vos ennemis gagnent en puissance et les mondes Fracturés qui permettent de remettre en cause pas mal de choses que l’on sait grâce au pouvoir du mode miroir, il y a moyen d’être occupé pendant un bon moment !

Au final, vous aurez compris que je ne me suis vraiment amusé sur Demon’s Souls que quand j’ai enfreint les règles et fait du jeu une expérience qui me parlait plus car bien mieux rythmée et avec des enjeux très différents de ceux proposés de base, bien que présents malgré tout. En l’état et sans magouilles, le jeu est une épreuve de patience et de détermination qui s’adresse à une catégorie de joueurs assez précise, rendue d’autant plus particulière par le fait que c’est un jeu assez dégueu au niveau de son bestiaire et de certains de ces lieux.

Et encore une fois, je préfère préciser que mon avis final ne dépend que de mes goûts, que le jeu reste très bon et durera très longtemps à ceux qui accrochent au genre et c’est bien pour ça que je le recommanderai malgré tout, aussi bien à ceux qui ont la patience de le faire que ceux qui n’en ont pas, car il y a moyen de vraiment s’amuser… Même si ça tient à un glitch et au fait de ne pas patcher le jeu.

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