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[Critique Nintendo Switch] Hyrule Warriors : L’Ère du Fléau

La déception est un sentiment assez étrange, ne dépendant presque exclusivement que des attentes que l’on a par rapport à la chose qui nous aura déçu ou non. Et lorsqu’on nous a annoncé l’arrivée d’un jeu Hyrule Warriors se déroulant dans l’univers de The Legend of Zelda : Breath of the Wild durant les tragiques événements qui se sont déroulés 100 ans plus tôt, je pense que l’imagination de beaucoup de gens s’est enflammée.

Plein de théories sont apparues sur le net et beaucoup se sont imaginés que l’on aurait droit au jeu Zelda le plus sombre de la série depuis Majora’s Mask, du fait que l’on connaisse les conséquences de ces événements. On aurait plus ou moins le droit à l’équivalent Zelda de Star Wars L’Empire Contre-attaque et peut-être que l’on aurait des indices sur la direction que prendrait la suite de Breath of the Wild à venir… Mais non.

Là, je vois déjà la sueur qui commence à couler sur votre sourcil, mais je dois vous rassurer sur quelques points : primo, je ne vais pas spoiler le scénario, mais juste en dire suffisamment pour vous préparer mentalement au jeu auquel vous allez faire face pour ne pas être aussi déçu que moi, surtout en évoquant un truc qui apparaît littéralement au bout de deux minutes de jeu. Et deuxio : le jeu reste malgré tout très fun et ce qu’il fait, il le fait d’une main de maître ! Sous certains aspects et surtout le gameplay, L’Ère du Fléau dépasse facilement le premier Hyrule Warriors, même si dans d’autres il se prend un peu les pieds dans le tapis.

Fatalement, je pense que c’est à cause des attentes que j’avais placé en ce jeu que j’ai été pas mal déçu sur le moment… Si vous étiez là uniquement pour le côté préquelle sombre et ultra mature à Breath of the Wild du jeu, préparez-vous à faire beaucoup… BEAUCOUP de concessions mentales, car ce n’est pas le jeu que vous cherchez.

Wild and Breathless

Si vous avez joué à Breath of the Wild et que vous n’avez pas couru comme un dératé vers le château d’Hyrule pour botter les fesses à Ganon, vous savez ce qu’il s’est passé 100 ans plus tôt et je ne vais pas non plus entrer dans les détails pour ne pas spoiler cet autre jeu.

La seule chose que je vais dire du scénario de L’Ère du Fléau, et, grosse précision, c’est dit implicitement et pas vraiment explicitement dans les trois premières minutes du jeu : il s’agit d’un épisode se déroulant dans une timeline alternative grâce aux joies du voyage dans le temps (chose qui arrive souvent dans la série Zelda vous noterez, mais qui dans ce contexte particulier m’a vraiment fait grincer des dents) !

Donc non, cet épisode n’est pas canon du tout et c’est même une sorte de spin-off à la duologie « of the Wild »… Ou « Breath » ? J’imagine qu’on pourra trouver un nom un peu plus officiel à tout ça une fois que Nintendo aura révélé le nom de la suite ! Remarque en y réfléchissant, la suite de Breath of the Wild pourrait du coup se dérouler dans cette nouvelle timeline créée par Hyrule Warriors, faisant que ça serait une sorte de reboot ? Suite, spin-off, reboot, préquelle, au jour de la publication de cette critique je sais plus qui est quoi et ils ont réussi en trois jeux à rendre la chronologie encore plus confuse que la chronologie de toute la série aaaah !

Mais revenons-en à l’histoire de L’Ère du Fléau. Si vous avez vu ou lu Dragon Ball, repensez à l’arc de Cell : la timeline de Trunks, où le monde a été détruit par Cell, serait Breath of the Wild, tandis que le monde du passé où Goku est encore présent serait L’Ère du Fléau et Trunks lui-même serait un petit robot blanc rigolo dont l’objectif serait d’empêcher à la Grande Calamité d’avoir lieu. Bref, tout ça pour dire que les choses ne se passeront pas comme vous pourriez l’imaginer, ce qui, dans un sens, permet à l’histoire d’être un peu plus imprévisible que par rapport à nos attentes, pour le meilleur et pour le pire.

Et oui, je pourrais passer le reste de cette critique à pester sur le fait que les scénaristes n’aient pas assumé d’aller jusqu’au bout de l’idée d’une vraie préquelle à Breath of the Wild pour nous offrir une des histoires les plus osées estampillées Nintendo depuis Xenoblade Chronicles 2 (et bons dieux que Xenoblade osait des choses impensables pour un jeu Nintendo). J’imagine que Nintendo ne voulait pas trop faire déprimer les joueurs en cette période assez terrible et même si certains moments du jeu sont lourds d’un point de vue émotionnel, ça reste infiniment moins déprimant que ce qu’aurait pu être une préquelle dans le sens le plus strict du terme.

Pour le coup, je vais plutôt rester positif et plutôt parler de ce que l’on a entre nos mains, parce que ce qu’il y a là reste malgré tout très sympa ! L’histoire est tantôt très drôle, tantôt très prenante, avec de vrais moments de tendresse qui font plaisir à voir si comme moi on a fouillé chaque recoin de Breath of the Wild, avec des personnages qui restent très fidèles à ce que l’on avait vu d’eux auparavant.

La mise en scène est vraiment excellente dans certaines séquences et surtout, surtout, on a vraiment l’impression de vivre une guerre épique dans l’univers de Zelda, là où le premier Hyrule Warriors avait un prétexte un peu simpliste pour justifier ses batailles !

Et même si l’histoire de L’Ère du Fléau en elle-même ne s’affirme pas assez, elle propose malgré tout de sentir l’impact de cette guerre ainsi que la menace que représente le Fléau Ganon. De plus, c’est vraiment cool de voir le monde d’Hyrule avant la Grande Calamité et on s’amusera à redécouvrir certains des lieux les plus marquants.

Hyrule Warriors oblige, le gameplay n’est vraiment pas complexe et le but l’est tout aussi rarement. Concrètement, le gros des objectifs consiste à se balader sur les différentes cartes et taper sur les monstres indiqués par les objectifs pour gagner. Et, comme d’hab avec les Warriors, la situation et les objectifs peuvent changer à la volée, nous demandant de nous adapter rapidement, puisqu’il n’est pas impossible que l’armée adverse ne s’active pour capturer nos bases. Le truc bien, c’est que l’on est rarement seul pour se battre et il est possible de changer de personnage à la volée pour pouvoir couvrir un maximum de terrain plus efficacement.

D’ailleurs, l’autre truc vraiment bien, c’est qu’il est possible de mettre la partie en pause pour sélectionner nos personnages et envoyer ceux que l’on ne contrôle pas à d’autres endroits de la carte. Bon après, ça ne veut pas non plus dire qu’ils feront le ménage à votre place, puisqu’ils ont le QI d’une huître (et un de mes plus gros fous rires venait d’un moment où j’avais demandé à Impa d’aller quelque part, uniquement pour la croiser trente secondes plus tard à foncer et rester coincée dans une porte), mais une fois positionnés, vous pourrez toujours appuyer sur un bouton pour reprendre le contrôle sans avoir à faire de longs allers et retours si vous étiez en solo.

Et en parlant des compagnons, vu que contrairement au premier Hyrule Warriors on ne se focalise que sur des personnages de Breath of the Wild, le cast final est légèrement moins imposant que les 28 personnages de Hyrule Warriors Definitive Edition. La principale différence avec L’Ère du Fléau vient du fait que, ici, chaque personnage est vraiment unique. Mais genre vraiment.

Link est plutôt classique avec son lot d’attaques à l’épée qui couvrent les bases d’un guerrier typique d’un jeu Warriors. Mais dès que vous l’équipez avec une autre arme, comme la lance ou bien les épées à deux mains, Link devient carrément un tout nouveau personnage avec un lot d’attaques vastement différent ! Avec une lance il pourra se déplacer hyper vite sur le terrain et même faire des lancers téléportés à la Noctis de FFXV et avec l’épée à deux mains il peut faire des attaques surpuissantes qui drainent potentiellement sa vie s’il ne mange pas entre deux attaques et qu’il se fait toucher.

Impa, quant à elle, peut découvrir des symboles que cachent les gens et le leur voler, sachant que plus elle en accumule, plus elle pourra avoir de clones, au point d’avoir une armée de clones qui dévastent tout sur leur passage ! Revali, quant à lui, a carrément deux gameplays différents, selon qu’il soit au sol ou bien dans les airs !

Mais la plus unique au début du jeu est sans conteste Zelda, qui utilise la tablette Sheikah pour attaquer, sachant que chaque pression sur le bouton d’attaque conjure un type de sort différent. C’est hyper déroutant et je dois vous avouer que j’ai énormément de mal à la comprendre, mais entre les mains d’une personne plus intelligente, je suis certain qu’elle peut faire des ravages ! Il y a pas mal d’autres personnages à débloquer au fil du temps, mais je ne vais pas plus entrer dans les détails. Sachez juste qu’ils restent tous plutôt uniques et ne donnent pas l’impression d’être légèrement différents, mais sans plus de subtilité comme dans le premier Hyrule Warriors.

Et cette nuance supplémentaire vient notamment de la tablette Sheikah. Tout le monde peut l’utiliser et là encore, le choix du personnage influera sur la façon dont sortent les sorts. Par exemple, Link balancera quelques bombes à la suite, là où Zelda sortira une bombe télécommandée qui crache des petites bombes avant d’exploser. La seule chose qui ne change pas d’un personnage à l’autre, c’est juste l’utilisation des quatre objets bonus que sont les trois baguettes élémentaires et la nourriture. Lesdites baguettes au passage ont une jauge de magie individuelle et se remplissent à condition de trouver des cristaux dans le décor.

Et en parlant de choses à trouver dans le décor, en restant dans la tradition de Breath of the Wild, les Korogu sont de retour et il faut les NYAHAHAH TROUVER ! Pour le coup, ils sont relativement bien planqués puisqu’ils ont tendance à se perdre parmi la centaine d’ennemis à l’écran. Il y en a pas mal à trouver, mais en voyant dans le post-game que l’on a une sorte d’indicateur de noix par niveau, je sais que je suis passé à côté d’une bonne partie d’entre eux et, rassurez-vous, ils ne se trouvent que dans les missions principales du scénario et non la tonne de batailles mineures !

Il y a aussi une tonne de matériaux à récupérer qui seront surtout utiles en dehors des missions dans ce qui pour moi était une des plus grosses surprises de ce jeu : la carte du monde !

Ainsi, en dehors des missions, vous avez une tonne d’icônes sur la carte qui s’affichent. Ça peut tout aussi bien être des nouvelles batailles que des lieux utiles, comme la forge pour améliorer ses armes ou bien la caserne qui permet de faire grimper en niveaux les personnages retardataires par rapport à celui qui a le plus haut niveau, mais il y a aussi des « quêtes annexes ». Concrètement, ces quêtes consistent juste à réunir assez de matériaux et/ou d’argent pour qu’elles soient accomplies, mais vous voudrez les accomplir au plus vite car elles débloquent des nouveaux coups pour vos personnages, leur donnent un cœur en plus ou bien des recettes de cuisine.

Le plus étrange, c’est qu’il ne s’agit que d’une bête carte avec des points, mais je suis devenu étrangement déterminé à tous les réaliser… Avant de laisser tomber au bout de 42% parce qu’il y en a beaucoup trop et la majorité des points restants reposaient sur un grinding d’éléments un peu trop prononcé (mais qui est atténué par le fait que beaucoup de batailles mineures s’ajoutent à la liste et évitent de refaire deux fois la même exacte mission).

Le système est aussi bien conçu, car notre petit Gardien vous montrera souvent les points les plus utiles pour bien progresser dans le jeu ou bien vous rappellera de passer par la forge pour vous débarrasser des armes en surplus (qui sont revendues si jamais l’inventaire venait à être trop plein quoi qu’il arrive). L’autre truc vraiment cool, c’est le détecteur à matériaux. S’il vous manque un truc pour accomplir une quête, il suffit d’activer le détecteur et il vous montrera quelle mission ou quelle boutique possède les matériaux désirés, en plus de même se permettre le luxe de surligner les matériaux à acheter s’ils sont en boutique !

Oh et une petite astuce qui vous sera utile : si vous voyez un arbre, défoncez-le ! Si vous voyez un ennemi dans une mission sans limite de temps, défoncez-le, surtout si c’est un Bokoblin ! Les arbres et les ennemis tués rentrent en compte dans les critères pour remplir pas mal de quêtes annexes et je me suis retrouvé dans une légère impasse à quelques reprises parce que je n’avais pas tué assez d’ennemis du bon type. Rien d’insurmontable non plus, mais vu comment certaines quêtes annexes débloquent des upgrades très utiles, mieux vaut être un minimum appliqué dans ses massacres !

Un autre moyen de débloquer des matériaux, c’est via les amiibo ! Rien de bien essentiel non plus et c’est généré aléatoirement. J’ai essayé cinq de mes amiibo Zelda et il n’y avait rien d’unique de débloqué… À part un balai brosse, ce qui m’a fait exploser de rire !

Un autre de type de mission un peu moins commun et qui en théorie est vraiment sympa vient des missions où l’on contrôle les Créatures Divines, ces robots géants en forme de crackers animaux. En théorie, massacrer des armées en tirant des lasers, c’est génial, mais dans la pratique, la visée assez approximative avec le gyroscope (désactivable, heureusement) et la lenteur de ces robots fait que les missions sont rigolotes, mais sans plus. Ça consiste juste à tirer dans le tas, se protéger et… Bah c’est tout. Heureusement, ces missions se comptent sur les doigts d’une main et la plupart sont optionnelles, donc si vous n’adhérez pas, au moins ça ne durera pas trop longtemps.

Mon seul vrai regret, c’est que l’excitation de voir cette carte se remplir s’est pas mal atténuée au fil du temps, surtout quand j’ai commencé à comprendre la nature alternative du scénario et la blasitude qui s’en était suivie. C’est assez répétitif et m’est avis que ceux qui voudront finir le jeu à 100% pour une récompense que l’on aperçoit bien assez vite via des « missions » qui montrent le pourcentage de complétion de chaque région sur la carte risquent de mal sentir la pilule passer. Ceci étant dit, le post-game réserve quelques types de missions inédites et intéressantes et il y a toujours les modes de difficulté supérieurs pour ceux qui veulent un bon gros challenge (même si il faut noter que le jeu en Normal est déjà pas mal tendu et m’a fait suer un bon paquet de fois) !

Côté performances, le jeu tourne plutôt bien dans l’ensemble ! Bon ok, ça peut pas mal ramer dès qu’il y a un peu trop d’action à l’écran et j’ai même eu des ralentissements plutôt jouissifs durant un pré-combat final qui semblait mettre la console à genoux, mais globalement ça tourne plutôt correctement sur le dock. En portable, par contre, le jeu peut être pas mal flou par moments, ce qui est un peu dommage, mais j’imagine que la fameuse Switch Pro corrigera tout ça plus tard ?

Enfin, là où le jeu brille plutôt bien, c’est dans sa partie musicale ! Il y a beaucoup de reprises des thèmes de Breath of the Wild, notamment des Prodiges dans des remixes vraiment incroyables et le thème principal, bien que donnant l’impression d’être composé par Guillaume Houzé et du film Dofus est bien mélancolique et héroïque comme il faut, tout comme le thème des incertitudes de Zelda, que l’on dirait composé par Akira Senju dans la bande-son de Fullmetal Alchemist Brotherhood ! On sent que c’est un jeu dont les musiques ont été supervisées par la team de Breath of the Wild plus que celle d’Omega Force, puisqu’il n’y a aucune trace de guitare électrique ou de rock bien véner et plus du symphonique qui inspire à sa manière !

Au final, Hyrule Warriors : L’Ère du Fléau n’est pas un mauvais jeu, bien au contraire ça reste un des meilleurs Warriors qui existe, mais, comme vous l’aurez compris, je n’ai pu m’empêcher d’être pas mal déçu sur le moment par son histoire qui ne prend pas assez de risques avec pourtant des bases qui auraient pu en faire un des jeux les plus osés de Nintendo depuis bientôt trois ans et Xenoblade Chronicles 2 (si l’on excepte certaines séquences de Paper Mario The Origami King). Après coup et à froid, l’histoire est plus que sympa avec de très belles scènes, mais c’est ce label de « préquelle » à une histoire que l’on connaît qui a vraiment mis à mal mon appréciation de l’ensemble car il a placé sur lui des attentes qui n’avaient rien à voir.

Dans tous les cas, le gameplay reste super fun et le fait que chaque personnage soit si unique à contrôler rend l’expérience de jeu d’autant plus riche à jouer. De plus, les batailles vraiment intenses couplé à un gameplay très respectueux du matériau de base fait que l’on a l’impression de plus jouer à une sorte d’extension orientée action de Breath of the Wild plutôt qu’à un simple jeu Warriors qui utiliserait des personnages connus pour le fun comme les One Piece Pirate Warriors ou bien le premier Hyrule Warriors.

Encore une fois, je préfère répéter que L’Ère du Fléau n’est pas un mauvais jeu, loin de là et je suis quand même prêt à fortement le recommander si vous êtes fan de Zelda, de Breath of the Wild ou bien de la formule Warriors. La seule chose qu’il faut faire, c’est juste passer outre l’histoire dans le contexte de Breath of the Wild et plus l’apprécier comme une histoire de Zelda à part pour passer un bon moment, autrement vous finirez comme moi par dire sur le coup « Ah. Bon bah d’accord. » d’un air un peu dépité.

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