Kayane

[Critique Nintendo Switch] Dragon Quest XI S : – Les Combattants de la Destinée Definitive Edition

Dragon Quest XI – Les Combattants de la Destinée était un de mes jeux préférés de 2018.

Dragon Quest XI S : – Les Combattants de la Destinée Definitive Edition est un de mes jeux préférés de 2019.

Oui, je peux m’en arrêter là, puisque j’ai déjà donné mon avis en long en large et en travers l’an dernier et je ne vais pas me cacher en disant que la critique qui suit est quasiment un copié-collé du texte que j’avais écrit l’an dernier, mais il va y avoir pas mal de changements ici et là… Bah tout comme cette Definitive Edition, qui reprend la base d’un jeu sorti l’an dernier et qui rajoute et corrige tellement de petits défauts que l’expérience en est presque totalement changée.

Je suis presque triste pour les joueurs PS4 qui ont joué à une sorte de version bêta pour le coup… Alors que la version PS4 était un des meilleurs jeux de l’an dernier ! C’est dingue !

Les Contes de la Mère Dragon

Il était une fois, dans la contrée d’Elréa, un garçon étant né sous une bonne étoile. Ce garçon avait été choisi par Yggdrasil, l’Arbre de Vie, pour être le héros qui bannirait, voire anéantirait le Mal, dont le retour n’était qu’imminent. Bien entendu, étant un futur héros, les forces du Mal eurent la bonne idée d’attaquer au plus vite et ce fut sitôt l’enfant né qu’ils se mirent à frapper en nombre. Malheureusement pour les monstres, le nourrisson parvint à leur échapper en arrivant suite à de nombreux facteurs extérieurs au beau milieu d’un village perdu, où il fut élevé pour devenir un charmant jeune homme épris de justice et d’aventures.

Cette occasion se présentera à lui bien assez vite, au moment où il découvre à cause d’un bête accident qu’il est l’Élu et, de fait, il décide de se rendre au royaume voisin pour annoncer la nouvelle de sa venue… Mais alors qu’il arrive là-bas, il découvre que le Roi de ce pays souhaite sa mort, car la venue du Héros ne pouvait que marquer celle du Seigneur des Ombres et donc, par précaution, il vaudrait mieux s’en débarrasser avant qu’il ne soit trop tard…

Je ne vais pas aller plus loin pour ne pas spoiler, mais comme tout bon conte, Dragon Quest XI ne sera pas l’histoire la plus surprenante que vous vivrez. La destination finale se devine dès l’instant où l’on lance le jeu et vous ne risquez pas de voir votre mâchoire décrochée en découvrant les motivations du grand méchant.

Cependant, et c’est là que la série en général se démarque, c’est que tout ce qui compte dans ce conte est ce qui se passe pendant le voyage. Ainsi, l’Histoire de ce jeu sera un enchaînement d’histoires où vous sauverez des villages des différents troubles qui l’accablent tout en vous faisant de nouveaux compagnons en route.

Et, en toute sincérité, ces histoires sont pour la plupart certaines des plus matures que j’ai pu vivre… Bah depuis le dernier Dragon Quest auquel j’ai pu jouer, en fait. Ce jeu nous dresse un immense portrait de l’Humanité dans tout ce qu’il peut y avoir de plus vil tout comme ce qu’il y a de plus formidable, tant et si bien que si vous vous laissez happer par l’ambiance conte de fées du jeu, vous risquez bien de sentir quelques larmes couler à certaines reprises. Vous y connaîtrez la joie de voir des personnages vivant des aventures magiques tout comme la peine de découvrir certaines des thématiques les plus difficiles à aborder, comme le deuil ou bien les sacrifices. Le jeu possède une certaine forme de sincérité que l’on retrouve presque nulle part ailleurs et c’est notammant ça qui rend cette série si spéciale. Les émotions sont réelles, tout comme les réactions de leurs personnages, terriblement humains.

DQXI_Luminary

Le mot clé de cet épisode est la Nuance. Nuance tout aussi bien des situations que des personnages, tout comme dans leurs animations rendues possibles par cette nouvelle génération de consoles et dans leurs doublages anglais ou japonais absolument phénoménaux. Chaque personnage a son histoire et sa personnalité qui les rendent instantanément attachants et le niveau d’attention dans le détail du monde d’Elréa fait que l’on est totalement immergé dans cette aventure qui peut vous tenir une trentaine d’heures au grand minimum si vous le refaites en mode speedrun comme j’ai pu le faire avec cette seconde version (comptez plutôt une quarantaine d’heures minimum si vous prenez le temps de correctement explorer les villes et découvrir leurs secrets, parce que celles-ci en fourmillent et sont un bonheur à traverser). Et c’est sans parler du contenu post-game qui même s’il ne rivalise pas avec l’indécence que proposait le neuvième épisode de la série (mais qui était très répétitif), propose plus ou moins une seconde histoire durant un bon paquet de temps en plus des différentes quêtes de personnage exclusive à la version Nintendo Switch. Ajoutez à ça les quêtes annexes qui vous permettent de revisiter les mondes des dix précédents Dragon Quest en version 16-bit le temps de mini-quêtes et vous avez un jeu avec tellement de contenu que ça en frôle l’indécence !

Enfin, si vous aviez lu ma critique l’an dernier, vous savez que j’ai plus ou moins dit que le personnage de Sylvando était le Jar-Jar Binks de la série Dragon Quest et que sa personnalité flamboyante m’irritait un peu. Je ne sais pas si c’est parce que j’y ai joué avec les doublages japonais, mais je l’ai trouvé beauuuucoup plus agréable cette fois-ci et même plutôt bienvenu, puisqu’avec Veronica, il apporte beaucoup plus de vie au groupe, en plus d’un petit arc narratif des plus intéressants. Donc oui, je m’excuse, Sylvando, tu es un personnage très cool !

Over the Hills and Farther Away

DQXI_Erik

Et là on attaque la partie la plus compliquée de la critique : le gameplay de Dragon Quest XI… Il est beaucoup trop simple pour être âprement décrit.

Vous le savez probablement, mais la série principale des Dragon Quest est, contrairement à celle des Final Fantasy, une série qui ne peut que très peu changer. Les fans hardcore sont une des raisons (le IX s’était pris une volée de bois vert pour avoir voulu être un Action-RPG et le X, malgré son succès, avait été haï au départ pour être un MMO), mais je suspecte aussi Square Enix de vouloir éviter de prendre des risques et aussi garder un pied dans le « RPG d’antan » sans avoir à créer une nouvelle IP.

De fait, si vous avez joué à n’importe quel Dragon Quest ou bien un JRPG des années 80/90, vous savez déjà à quoi vous attendre : des combats au tour par tour tout ce qu’il y a de plus basique. Chaque personnage a sa propre classe et vous adapterez son équipement au fil de l’argent gagné pour le rendre plus puissant en attendant qu’il passe suffisamment en niveaux pour obtenir de nouvelles capacités en plus de pouvoir en débloquer grâce à des arbres de compétences eux-aussi assez simples.

Mais parce qu’il fallait bien trouver un ou deux gimmicks aux combats pour donner l’impression d’une évolution, deux « nouvelles » mécaniques ont été ajoutées : les « mouvements sur le terrain » et l’état hypertonique.

La première est absolument anecdotique. Vous pouvez déplacer vos personnages dans l’arène de combat, mais ça ne sert absolument à rien. Vous n’obtiendrez aucun bonus en contournant l’ennemi et vous éparpiller ne vous épargnera pas d’être touché par un sort ou une attaque visant plusieurs cibles. Comble du non-risque, il est possible dans les menus de laisser les personnages en position fixe pour se retrouver dans une disposition en ligne comme dans n’importe quel RPG d’époque. Bref, autant dire qu’il s’agit de simple poudre aux yeux. Mais là où ça devient cool et moderne, c’est qu’il y a la possibilité d’accélérer les combats et croyez-moi que vous allez l’utiliser au bout d’un moment, surtout si vous décidez de faire une séance de grinding (qui n’est pas vraiment nécessaire dans le scénario de base, cela étant dit).

Le second gimmick inutile vient de l’état hypertonique. Tout comme l’état d’hypertension de Dragon Quest VIII, il s’agit d’un état temporaire où vos stats seront boostées. La principale différence ici est que le joueur n’a aucunement la capacité d’influencer le déclenchement de cet état. Tout est lié au hasard, ce qui fait que c’est sympa quand on l’a, puisque l’on peut aussi faire des attaques combinées avec d’autres personnages dans cet état, mais si on ne l’a pas alors que l’on veut faire une de ces attaques, il faudra juste prier pour que ça se déclenche au plus vite. Imaginez un peu le système de Trance dans Final Fantasy IX si vous y avez joué pour vous donner une idée du truc.

DQXI_Théo

Après, pour être tout à fait franc, je n’ai que très rarement utilisé les attaques groupées parce que non seulement elles font perdre un peu de temps, mais en plus le jeu de base est tellement facile qu’on en n’aura jamais besoin. Si vous faites les choses bien en mettant régulièrement à jour la liste de vos compétences et renouvelez votre équipement, et faites au moins deux ou trois séances de leveling ici ou là, vous roulerez sur le jeu sans avoir la sensation de perdre votre temps, ce qui est vraiment appréciable.

Si vous voulez du challenge, il vous faudra soit atteindre le post-game, soit vous l’infliger en commençant une nouvelle partie, car il est possible de s’imposer divers handicaps d’une liste donnée. Dans un sens, c’est pas plus mal, puisque tout le monde peut finir cet épisode et apprécier cette fabuleuse histoire.

Les deux autres grosses nouveautés de cet épisode viennent des montures et la forge.

De temps à autres dans le jeu, vous tomberez sur des monstres scintillants. Une fois vaincus, il sera possible de les utiliser pour accomplir diverses actions, notamment traverser des obstacles que le joueur ne pourrait pas franchir en temps normal. Leur utilisation rend l’exploration bien fun, même si je dois avouer qu’ils auraient gagné à être plus nombreux et les donjons plus adaptés, parce qu’il y a de belles graines d’énigmes qui n’ont pas eu le temps de pousser plus que ça.

Enfin, la forge permet, comme son nom l’indique, de forger des armes, armures et accessoires avec les matériaux que l’on trouve en explorant le monde. Il suffit de trouver la recette dans des livres ou coffres assez bien planqués et si l’on peut, on peut lancer un mini-jeu assez rigolo qui permettra de débloquer des morceaux d’équipement très souvent bien plus utiles et puissants que ceux que l’on peut avoir en boutiques. De plus, il est possible en forgeant des objets de gagner des perles qui permettent de renforcer notre équipement actuel et ainsi créer des armes dévastatrices sans forcément avoir à débourser une fortune. Ce n’est pas l’à-côté le plus prenant au monde, mais il n’en reste pas moins utile et je me suis surpris à l’apprécier bien plus que prévu.

La Definitive Edition rajoute notamment un petit outil qui semble anodin en apparence, mais qui va vous sauver un temps monstrueux : une cloche portable pour appeler un cheval quasiment n’importe où et quasiment n’importe quand. On dirait pas, mais quand on sait que sur la version PS4 il fallait obligatoirement aller à l’entrée d’une zone ou un camp pour trouver une cloche pour en invoquer un et que parfois ceux-ci se trouvaient à des minutes de là, bah ne plus avoir à se farcir la route est une option plus que bienvenue… Sans compter que le cheval peut nous permettre de foncer dans la plupart des ennemis pour empêcher aux combats d’avoir lieu, ce qui est encore une fois une source de gain de temps considérable.

Evil Hands

Comme dit plus haut, Dragon Quest XI est un jeu qui adore jouer la carte de la nuance et de vouloir être le plus crédible possible pour immerger au maximum le joueur. Cela passe non seulement par l’écriture de ses personnages, mais aussi par la façon dont est construit le monde.

Et même si Elréa n’est pas aussi vaste que l’on pourrait le croire, il compense plus que largement par le niveau de détail qu’il met avec énormément d’amour dans ses décors. Pas deux lieux se ressemblent et parfois même certaines sections au sein même d’une même zone offriront leur lot de choses à voir. Il m’est arrivé à quelques reprises de tout simplement m’arrêter pour observer les paysages tant ils fourmillent de petites choses intéressantes, qu’il s’agisse de cascades discrètes, mais magnifiques aux ravins les plus effrayants.

Un autre détail qui rend le jeu d’autant plus prenant vient de son doublage anglais au poil. Le plus surprenant est que la version originale était entièrement muette et je me demande comment ils ont pu faire sans. Les cutscenes sont faites pour avoir de la voix en elles et la version internationale fait bien de nous les offrir tant elles sont parfaites. Beaucoup d’accents différents, de voix différentes et tous les acteurs savent mettre en avant les nuances nécessaires dans les dialogues pour nous en mettre plein la tronche dans les moments les plus émouvants. Les voix japonaises qui viennent avec la Definitive Edition laissent tomber le coup des accents, mais là-encore, c’est du tout bon, avec notamment une des scènes les plus émouvantes rendues d’autant plus déchirantes grâce aux performances des acteurs.

Dragon-Quest-XI-Serena-Veronica

Ce qui m’amène ironiquement à un ajout très demandé qui… Bah ne rajoute rien et même retire pas mal ce qui faisait le charme de cet épisode : les graphismes 2D émulant le style de la Super Nintendo et qui étaient présents sur la version Nintendo 3DS sortie uniquement au Japon !

Pour le coup, ils ont respecté à fond tout ce qui faisait le charme des jeux de l’époque, avec une présentation à 100% fidèle aux jeux de la Super Nintendo, mais pour y accéder, il faut obligatoirement passer par une chapelle, ce qui est déjà relou en soi, mais pire encore, il faudra recommencer le chapitre dans lequel on est depuis le début, ce qui est totalement absurde ! Certes, on conserve notre expérience et notre or, mais le twist… C’est que le jeu n’indique jamais si on a fini un chapitre ou bien on en aurait commencé un nouveau, donc ça revient à y aller un peu au pif et espérer que l’on n’aie pas à refaire trop de cutscenes.

Et c’est sans compter sur les sacrifices que ça implique pour tout ce qui est mise en scène. Il y a quelques années, je faisais l’argument que les jeux rétro étaient plus mémorables du fait que l’on utilisait notre imagination pour comprendre ce que vivaient les personnages… Mais le truc, c’est qu’ici on a un jeu et son « demake » sur une seule cartouche, sachant que la version « 3D » est un petit bijou de mise en scène avec des choix d’angles de caméra et des acteurs qui se donnent vraiment à fond pour vendre les émotions des personnages à l’écran. La version 2D présente les choses de manière plus statique et se repose uniquement sur son texte pour vendre ses personnages. Donc certes, ça plaira aux plus puristes des puristes, mais pour beaucoup ça sera une option rigolote qu’ils activeront 5 minutes avant de repasser au mode 3D, sachant qu’en plus le mode 2D est imposé lorsque l’on va dans la ville qui mène aux quêtes des mondes des précédents jeux, donc dans tous les cas vous y goûterez d’une manière ou d’une autre.

Et je sais ce que vous allez dire : mais la version Switch est quand même plus moche en 3D comparée à la version PS4, non ? Bah là, oui, c’est une évidence. Les textures des murs et des sols bavouillent parfois pas mal par endroits et certains objets s’affichent assez tardivement, mais le jeu et l’histoire sont tellement captivantes qu’en mode télé on ne fera pas forcément gaffe à la différence. Parfois même j’ai eu l’impression de jouer à la version PS4 tant c’était beau ! Mieux encore, les temps de chargements en dehors de celui qui a lieu quand on lance le jeu sont hyper courts ! C’est un portage hyper impressionnant d’un point de vue technique et j’ai encore du mal à imaginer que je puisse jouer à un tel jeu n’importe où et n’importe quand en mode portable !

Enfin, il faut parler des musiques. Même si les compositions sont pour la plupart pas hyper folles comparées aux épisodes précédents, la Definitive Edition nous propose ENFIN les version orchestrales qui n’étaient pas présentes sur la version PS4 ! C’est un pur bonheur pour les oreilles et je suis plus qu’heureux que Square Enix aie enfin réussi à forcer la main de Koichi Sugiyama pour qu’il daigne lâcher la meilleure version possible de ses compositions (je vous laisse vous en référer à cette vidéo si vous voulez comprendre pourquoi il était aussi réticent, c’est assez… Intéressant).

Dragon Quest XI était un des meilleurs jeux de l’année dernière et Dragon Quest XI S est une version améliorée, donc… Je pense que vous pouvez facilement deviner la conclusion. Une des meilleures histoires que l’on pourra vivre, c’est un conte qui se destine à absolument tout le monde, peu importe l’âge ou bien l’intérêt qu’il porte au jeu vidéo. C’est un nouveau classique qui joue très bien la carte du classicisme et qui démontre bien qu’il n’est pas nécessaire d’innover pour être excellent. Il se repose sur des bases plus que solides pour faire ce qu’il fait de mieux : nous faire voyager et, surtout, vivre des émotions intenses.

J’ai adoré ce jeu et c’est bien pour cela que Dragon Quest XI S – Les Combattants de la Destinée Definitive Edition est un…

Benjamin « Red » Beziat

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