Kayane

[Critique PS4] Catherine Full Body – Un Remake avec un peu plus de Corps !

Quand on fait la critique d’un remake, il y a deux façons d’aborder la chose : soit on parle du jeu de manière générale, soit on se focalise sur les ajouts et les différences par rapport à l’original.

Dans le cas de Catherine Full Body, je me trouve un peu dans une position étrange : j’avais beaucoup aimé le jeu à l’époque de sa sortie sur PS3 et Xbox 360, l’ayant même acheté en version américaine 6 mois avant sa sortie en Europe et en jouant à ce remake… Je n’ai pas arrêté de jouer au jeu des sept différences tant la méthode de Studio Zero pour incorporer le contenu inédit était… Bah justement plutôt unique.

De fait, cette critique va être divisée en trois : je vais commencer par un pitch général, suivi d’un comparatif avec les deux versions et enfin un petit point spoiler vers la fin pour discuter d’un point qui avait été plutôt controversé à l’époque de l’annonce de ce remake et donner mon avis sur la question, maintenant que j’ai enfin pu jouer au jeu.

Let’s go !

Démons et Merveilles

Catherine est à la base un puzzle-game narratif racontant l’histoire de Vincent Brooks, un jeune trentenaire un peu paumé affrontant bien des épreuves littérales et métaphoriques suite à une soirée qui a abouti avec l’arrivée d’une jeune femme étrange dans son lit. Le twist, c’est que Vincent est déjà en couple et ne sait pas vraiment comment il va s’en sortir avec la femme qu’il a aimé pendant déjà plus de dix ans.

La personne sensée répondrait qu’il vaudrait mieux tout lui dire et en assumer les conséquences, mais Vincent étant un peu con sur les bords et pas vraiment aidé par ses potes, il va passer une bonne partie du jeu à s’enfoncer ou bien être enfoncé par de nouveaux développements indépendants de sa volonté, au point que ça tourne à la comédie horrifique aux dépends de son personnage principal. Va-t-il choisir sa future femme un peu autoritaire sur les bords, l’étrangère un peu trop séductrice ou bien la nouvelle venue que Vincent a sauvé peu avant les événements du jeu et qui est beaucoup trop gentille ? Une bonne partie de ce choix revient entièrement à Vincent et un petit peu à vous.

Le jeu est découpé en trois phases : les cinématiques qui font avancer l’histoire et qui durent en moyenne entre dix et vingt minutes, les phases de bar, où l’on peut discuter avec les clients et répondre à ses messages, et les phases de puzzle-game à proprement parler.

Ces phases consistent à gravir diverses tours en déplaçant des blocs et même si c’est très simple à dire comme ça sur le papier, le fait que les blocs ne tombent pas tant qu’ils sont connectés à d’autres rajoute une dose de réflexion très intéressante. Couplez à ça l’idée que certains blocs possèdent des propriétés allant d’être très lourd à gelé ou bien même piégés plus le fait que les blocs en dessous s’écroulent continuellement en difficulté Normale et supérieure et vous avez un jeu vraiment stimulant en plus de potentiellement brutal… Enfin, ça c’est si vous en jouez pas en Facile, puisque dans ce mode les blocs ne tombent que si vous en êtes très loin et vous disposez d’une option de retour en arrière virtuellement illimitée, ce qui est idéal pour suivre une histoire fascinante et dérangeante, aussi bien dans le bon sens du terme que dans le plus douteux.

Là où d’un point de vue structure les choses prennent un tournant pour le pas forcément cool, c’est que le jeu propose pas moins d’une dizaine de fins différentes et une bonne partie de ces fins ne dépend que de choix à une sorte de QCM n’arrivant qu’en fin de partie, signifiant que le gros de l’histoire ne changera pas d’une partie à l’autre.

Et c’est justement là que l’on attaque la partie où je parle du contenu inédit et de son intégration, puisque, au risque de faire une comparaison maladroite, là où le contenu de Catherine classique serait la Normal Route de Undertale, le contenu inédit de Full Body s’accède comme on accèderait à la Genocide Route ou la True Pacifist Route du jeu de Toby Fox.

Oui, ça peut paraître maladroit dit comme ça, mais en gros pour accéder à la route de Rin, la nouvelle venue de ce remake, il faut répondre de manière précise à quatre questions spécifiques balancées dans le second tiers du jeu. Vous loupez une de ces questions et c’est fini, vous êtes automatiquement remis sur le contenu de l’original. Si vous n’avez pas fait le jeu sur PS3, ça ne posera pas problème vous me direz puisque vous découvrirez le jeu à votre manière, mais pour celui qui a déjà retourné l’original, ne pas savoir ça et tomber par accident sur le parcours classique sans possibilité de revenir en arrière peut vite être frustrant.

Mais là où ça devient très intéressant, c’est la manière dont Rin a été intégrée à l’histoire : en fait, les développeurs ne se sont pas trop cassé la tête et ont inséré des scènes l’impliquant entre des scènes du scénario original, sans vraiment tout changer au déroulé de l’histoire. Encore une fois, si vous n’avez pas fait l’original, vous n’y verrez probablement que du feu… Mais vous verrez quand même le tour de passe-passe, puisque toutes les scènes inédites disposent d’une mise en scène, d’angles de caméra et même d’animations que vous ne verrez pas dans les anciennes cutscenes. Pas pour dire qu’à l’origine c’était trop statique, mais on sent qu’à l’époque l’équipe travaillait avec un budget quelque peu limité et qu’ici ils ont eu le droit à une bonne grosse dose d’argent supplémentaire qu’ils ont préféré utiliser presque exclusivement sur le contenu inédit.

Est-ce que ça pose problème ? Absolument pas. Juste que si vous y faites gaffe, vous le remarquerez.

Full Body possède aussi un mode Remix qui transforme pas mal le gameplay en y rajoutant des blocs fusionnés ressemblant un peu à des pièces de Tetris. Ça n’a l’air de rien, mais ça change pas mal la façon d’aborder chaque situation et ça me rappelle un peu l’excellente série des Pullblox d’Intelligent Systems… Attends, c’était les devs de Fire Emblem et Paper Mario ? Huh…

Catherine Full Body possède aussi un mode Assist très utile qui, en cas de mort, vous permet de laisser l’ordinateur refaire la partie du niveau que vous avez déjà fait en mode speedrun, histoire de vous faire économiser un peu de temps.

Oh et ce remake possède aussi une peluche de Morgana de Persona 5 en plus de quelques musiques du jeu dans le juke-box du bar et des musiques de Project Re Fantasy, le prochain jeu de Studio Zero dont on ne sait rien autre qu’il se distancera de Persona pour nous offrir un contexte plus médiéval fantastique et sortira… Probablement pas avant encore un an ou deux !

Et avant de passer dans la partie spoilers, juste un petit point sur la durée de vie parce que je ne me souvenais pas que ce jeu était aussi « court ». Imaginez juste que je mets des gros guillemets à court. Peut-être est-ce parce que j’ai joué à l’original et donc avais l’habitude, mais quand j’ai constaté que j’en étais à la moitié de l’aventure en à peine 4h, j’étais pas mal surpris. Donc oui, j’ai fini le jeu en 8h, mais je pense que le joueur qui n’est pas habitué et qui passera un peu plus de temps dans le bar pour parler aux personnages mettra une dizaine d’heures pour le finir au minimum. Et c’est sans compter sur le mode Remix qui donne pas mal envie de le recommencer, le mode deux joueurs et le mode en ligne qui en plus d’être un très bon mode compétitif peut vite devenir addictif et vous faire rejoindre une communauté hardcore ! Vous saviez que le jeu faisait partie à un moment des titres proposés dans les tournois à l’EVO ? Oui oui !

Ajoutez à ça les multiples fins et vous avez un jeu qui malgré une durée de vie initiale courte en apparence possède pas mal de contenu !

Et maintenant il est temps de passer à la partie spoilers. Si vous ne voulez pas être spoilés d’un twist concernant la version remake, passez à l’endroit où le texte redevient gras. Bon après, c’est un truc qui avait été révélé via le marketing de SEGA, mais ça peut être une surprise malgré tout, donc je préfère ne pas prendre de risques.

C’est bon ? Vous avez scrollé ? Si vous aviez l’intention de scroller mais que ce n’est pas encore fait, bah… Faites-le au lieu de lire ça ! Allez !

On passe en zone spoilers !

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Donc le gros twist autour de Rin est qu’elle est une femme transgenre. À l’époque, l’annonce avait fait le tour du net, causant offuscation et théories sur comment les choses seraient traitées.

Et après avoir joué au jeu… Je suis… Plutôt agréablement surpris par le traitement. Je m’attendais à voir le fait que Rin soit trans abordé comme une punchline et même s’il y a un peu de transphobie accidentelle ici et là – notamment concernant le personnage d’Erica, qui après un voyage dans le temps de la part de Vincent dans une des fins les plus difficiles à choper décide de ne pas faire sa transition, même si la traduction anglaise rattrape le coup en disant que ça se fera juste plus tard que dans la timeline originale – ça reste traité de manière honorable et j’ai senti que les intentions des développeurs étaient plus bénéfiques que ce que l’on avait imaginé. C’est maladroit, mais on est très loin de ce que certains films ou jeux ont pu nous sortir par le passé quand ça impliquait des personnes transgenre.

Pour le coup, passé le choc, Vincent se ressaisit assez vite et si on se foire dans l’obtention de la route de Rin, ça aboutit sur une cutscene vraiment touchante quoique tragique.

Et pour être parfaitement honnête, je suis plutôt content qu’ils aient ajouté le personnage de Rin à ce remake, puisque quand on voit le caractère de Vincent et qu’on le compare à celui des deux autres Catherine, on se demande comment est-ce qu’il peut avoir un happy end avec l’une ou l’autre et ça change un peu la morale de l’histoire pour quelque chose de plus nuancé et plus plaisant.

Et on est maintenant au bout de cette zone spoilers ! Passons à la conclusion !

Au final, j’ai plutôt bien aimé Catherine Fullbody et l’ai même préféré à l’original ! Les ajouts sont non seulement justifiés, mais en plus plutôt bien intégrés à une histoire qui, même si elle possédait quelques défauts, n’en reste pas moins captivante à suivre et plutôt unique en terme de ton ou de sujets abordés !

Cependant, même si j’ai vraiment envie de le recommander à un maximum de gens, le jeu possède son lot de sujets problématiques et peut ramener des souvenirs pas forcément plaisants à ceux qui ont connu des relations… Compliquées, sans parler de la légère maladresse avec lequel il aborde d’autres sujets. De plus, le jeu possède son lot d’images perturbantes et son PEGI 18 est pleinement justifié à cause de ça.

Cela étant dit, si vous aimez les puzzle game, les jeux narratifs ou les jeux qui ne ressemblent à aucun autre sur le marché, je ne peux que trop vous le recommander tant il est unique.

Et puis en plus, vu que je sais que le public qui le prendra restera malgré tout assez restreint, on ne pourra pas dire de ceux qui l’achètent qu’ils sont des moutons !

Des moutons ! Non mais c’est parce que quand vous êtes dans le monde des cauchemars vous ressemblez à un… Ouais non laissez tomber…

Benjamin « Red » Beziat

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