Kayane

[Critique PS4] Sea of Solitude

Avant de commencer cette critique, je tenais à m’excuser auprès d’EA, qui m’a envoyé un exemplaire du jeu il y a des semaines de ça. Outre certaines circonstances qui ont rendu difficile la possibilité de jouer au jeu, suite à un événement personnel qui m’a grandement affecté, j’ai pris peur de lancer le jeu car je sentais que les thèmes abordés par Sea of Solitude s’en rapprocheraient de trop. Bon, au final, ça n’a pas totalement été le cas et j’ai pu finir le jeu d’une seule traite.

L’art a cela de merveilleux qu’il permet d’exprimer ses pensées les plus profondes et de les partager aux autres afin qu’ils comprennent ce que l’on ressent. Et même si on voit bien plus souvent des œuvres très personnelles et intimistes dans des domaines comme la littérature, la peinture et la sculpture du fait de leur nature bien souvent plus solitaires, il arrive parfois que certains réalisateurs de films et jeux vidéo réussissent à fédérer tout un groupe et obtenir des financements pour faire passer leurs émotions à travers ces médias en particulier.

Et c’est très certainement pour cette raison que j’ai été très intéressé par Sea of Solitude. Présenté en grandes pompes lors de l’E3 2018 avec sa réalisatrice/scénariste principale sur scène et fer de lance du programme EA Originals, le jeu promettait de traiter des sentiments que trop rarement vus dans des jeux soutenus par les plus gros éditeurs : la dépression, l’anxiété et le doute de soi. Des thématiques très personnelles et intimistes qui ravivent les cœurs et mettent en joie, en gros !

Et pour le coup, ayant connu ces sentiments une bonne partie de ma vie et les ayant même couchés sur le papier avec mes bouquins, j’étais curieux de savoir comment ces problématiques allaient être traitées.

On va dire que… C’est une façon de voir les choses, ce qui est plutôt intéressant dans le côté personnel de l’œuvre, mais peut-être un peu moins pour le côté universel et pour que les gens qui n’ont pas connu ces horreurs puissent comprendre ce que l’on peut ressentir.

Sea, Meds and Shadows

La critique au format vidéo 😀

Sea of Solitude nous plonge dans la psyché de Kay, une jeune femme plutôt abominable qui après s’être pris mandale sur mandale de la part de la Vie entreprend une sorte de voyage spirituel qui lui permet de comprendre ce qui ne va pas avec sa vie et de reprendre les choses en main. Elle va tour à tour confronter ses propres démons, ceux de son petit frère qui connaît la face la plus sombre du harcèlement scolaire, ceux de ses parents qui sont constamment en train de se disputer, ainsi que ceux de son petit ami qui lui aussi semble connaître son propre voyage spirituel.

Et même si l’intro est efficace et que j’ai commencé à ressentir de l’empathie pour Kay et son parcours, une certaine séquence vers la fin du premier tiers ayant pour thème les envies de suicide des personnes subissant du harcèlement à l’école a à jamais brisé mon lien de confiance avec elle et je ne la voyais plus que comme un personnage purement méprisable. Je ne sais pas trop comment l’interpréter, mais c’était au point que j’aie du mettre le jeu en pause cinq minutes avec la très forte envie de tout arrêter car ça allait à l’opposé direct de mes convictions.

Après, elle prend elle-même conscience des horreurs qu’elle a fait subir, mais le fait que le jeu aie balancé cette petite scène l’air de rien dans un petit dialogue sur le côté sans en mesurer les pleines conséquences m’a pas mal énervé.

Et c’est dommage que mon « enthousiasme » dessus en aie pris un tel coup, puisque en dehors de ça, Sea of Solitude est un walking simulator très joli, stylisé et avec une mise en scène plutôt ambitieuse.

Le gameplay est vraiment simple : vous allez d’un point A à un point B en vous guidant grâce à une petite lumière que vous pouvez invoquer à volonté et même utiliser pour résoudre certaines situations et vous pouvez absorber la corruption avec votre sac à dos.

Là où le jeu m’a pas mal surpris était le nombre assez important de phases « d’infiltration », où vous devez vous frayer un chemin dans des zones extrêmement dangereuses et attendre le bon moment pour y aller et éviter de se faire bouffer par des monstres assez effrayants. Ces phases sont nombreuses et la tension ressentie est plutôt stimulante. Couplez à ça un level-design globalement très instinctif et il vous sera difficile de vous perdre ou rester bloqué trop longtemps.

Et pour ceux qui aiment bien explorer des villes en ruine ou ont la collectionnite de Trophées aigüe, il y a une trentaine de mouettes à effrayer ainsi que des bouteilles contenant des messages à collectionner.

En dehors de ça, Sea of Solitude est très joli, avec un très bon jeu avec les couleurs et une mise en scène impeccable. Et, chose bien, il sait quand s’arrêter, se finissant en un peu moins de trois heures si vous suivez juste l’histoire.

Au final, je suis plutôt partagé sur Sea of Solitude. L’histoire part d’un bon sentiment et tout a été fait pour que le joueur ressente ce que Kay ressente, mais si ça n’avait pas été sur une utilisation abusive du pathos et ce bon gros dérapage sans réelle conséquences sur l’histoire autre qu’une très, très mauvaise impression de notre protagoniste, je pense qu’on aurait eu un des meilleurs jeux indés de l’année.

Si vous aimez les jeux à message avec une patte artistique et n’avez pas peur d’un peu d’horreur ici et là ni qu’un jeu soit court, je pense pouvoir malgré tout le recommander au prix que vous souhaiteriez mettre dedans. Ce n’est pas mauvais, ni révolutionnaire, mais ça saura vous occuper une bonne matinée ou après-midi. Cependant, si vous pensez ou savez que les thématiques abordées peuvent avoir des effets négatifs sur vous, n’y allez pas en pensant que ça vous aidera… Bien au contraire, ça peut susciter des réactions bien plus négatives que prévues.

Benjamin « Red » Beziat

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