Kayane

[Critique PS4] Judgment – Kamurocho Police Judiciaire

Je suis tellement heureux de voir Sega miser autant sur un jeu lié de si près à la série Yakuza. Car il ne faut pas s’y méprendre : Judgment est bel et bien un nouvel épisode de cette série si chère à mon cœur ! Le gameplay est en très grande partie similaire, tout comme les immuables quartiers de Kamurocho et le ton mi-hyper sérieux mi-grand n’importe quoi qui ont rendu la licence culte auprès de ceux qui s’y sont essayés.

Mais avec Judgment, exit la joyeuse bande de Kazuma Kiryu et Majima et entre celle un peu plus sérieuse de Takuya Yagami et Kaito ! Et c’est parce que Judgment est à la fois si proche et si éloigné en plus d’être très certainement un épisode type one shot que Sega a décidé de mettre toutes ces billes dessus : une bonne grosse louche d’acteurs japonais célèbres, des doublages anglais avec deux types de sous-titres (l’un adapté aux dialogues japonais, l’autre aux dialogues adaptés à l’anglais) et aussi et surtout DES SOUS-TITRES FRANÇAIS ! Et quand on connaît un peu les coulisses de l’industrie de la localisation et qu’on voit la taille du jeu, on peut légitimement être impressionné par cette démarche pourtant très risquée.

Car Judgment est un jeu pour adultes, mature. Et non, non pas dans le terme « regardez comment notre jeu est mature parce qu’il y a du sang et ça dit « fuck » ». Mature parce que les sujets traités sont complexes, potentiellement considérés comme « chiants » pour beaucoup de joueurs, le rythme est très particulier là où beaucoup trop de jeux cherchent à frapper vite et fort et à toujours nous agiter des clés métaphoriques sous le visage et qu’il nécessite d’avoir vécu un certain temps pour comprendre ses enjeux.

Autrement dit : c’est le genre de jeux qui se vend difficilement.

Et c’est bien pour ça que je compte le défendre bec et ongles à travers ce plaidoyer !

Pièce à Conviction N°1 : L’Histoire

Parce que Judgment fait partie de ces jeux à mystères et focalisée principalement sur son histoire, je ne vais pas trop entrer dans les détails : vous incarnez Takuya Yagami (rien à voir avec Light), un ex-avocat reconverti en détective suite à un procès ayant eu lieu trois ans plus tôt et ayant tourné de la pire des manières.

Une étrange série de meurtres a lieu dans Kamurocho impliquant une guerre de yakuzas et un tueur en série aux méthodes des plus radicales et il revient à Takuya d’aller au fond de cette affaire, quitte à ce que l’ensemble prenne un tournant des plus… Inattendus.

Je n’irai pas plus loin, mais je dirai juste que l’histoire est tout bonnement passionnante et plus que très bien écrite ! Extrêmement complexe, mais jamais trop pour nous paumer, le jeu fait ce qu’il faut pour nous rappeler constamment ce qu’il se passe et qui fait quoi au sein de quelle « faction », quitte à parfois répéter deux ou trois fois la même info au sein de la même cutscene pour souligner son importance. Les personnages sont (presque) tous immédiatement attachants et si vous aviez peur que Takuya ne soit pas à la hauteur du monstre de charisme qu’est Kazuma Kiryu (héros de la série Yakuza), ne vous inquiétez pas, il est parfait !

Cependant, il y a trois petites choses que j’ai envie de pointer du doigt pour pinailler/tempérer mon verdict : les personnages principaux féminins sont rares et pas vraiment mis en avant, le scénario traîne un poil en longueur et n’est pas vraiment « gaijin-friendly ».

Pour le premier point, c’est vraiment plus du pinaillage qu’autre chose. La série Yakuza a toujours transpiré la testostérone et n’a jamais mis ses personnages féminins en avant (exception faite de Haruka, fille adoptive de Kazuma), même si les femmes du scénario principal ont toujours été très bien traitées. Dans Judgment, c’est un peu pareil. Il n’y a que deux femmes importantes pour quasiment une quinzaine d’hommes dans les rôles importants, et en dehors d’une séquence un peu stupide qui joue sur les clichés tout en y participant légèrement, elles ne sont pas sexualisées, ce qui est très, très appréciable.

Ce qui l’est moins en revanche, ce sont les deux gros passages à vide du scénario, qui interviennent vers la fin du premier tiers et le dernier quart avant le grand final. Il ne s’y passe pas grand chose d’intéressant, ni de vraiment lié à l’intrigue principale et je pense qu’ils auraient facilement pu être mis sur le côté pour des quêtes annexes. Le scénario principal dure environ 24 heures là où je pense qu’il aurait pu et du tenir sur 20 heures. Bon après je dis ça aussi parce que pour les besoins du test j’ai enchaîné des sessions allant jusqu’à cinq heures par jour sur une semaine et donc ça m’a mentalement drainé, mais je pense que le jeu aurait bénéficié à être un poil plus concis.

D’ailleurs et avant de passer au dernier point, un petit conseil : essayez de faire le jeu au rythme d’un chapitre par jour ou sur deux jours. Ils durent en moyenne deux heures chaque et parce que l’histoire est très dense et très importante, il est préférable d’éviter que trop de temps ne s’écoule entre chaque session pour ne pas être paumé. Après, ce n’est pas vraiment un souci, puisque vous serez très certainement scotché à votre écran du début à la fin, mais c’est typiquement le jeu qui demande un investissement mental important et aussi…

Troisième et dernier point de critique : le jeu baigne complètement dans la culture japonaise, au point que ça peut paraître complexe et indigeste au plus grand nombre. Certes, il n’est pas indispensable de s’y connaître pour comprendre l’histoire, mais ça reste un petit plus appréciable de connaître un minimum la culture japonaise et tout ce qui touche aux yakuzas en général. Couplez à ça le fait qu’il faut aussi aimer un minimum les séries policières et tout ce qui est luttes de pouvoirs plus par les mots et les magouilles que par les poings et vous avez un jeu assez exigeant taillé pour un public assez spécifique. Heureusement, il n’est pas du tout obligé de jouer à Yakuza pour tout comprendre, même s’il y aura deux-trois mini-références qui ne vous atteindront pas.

Au niveau du ton, Judgment est globalement bien plus sérieux que Yakuza. Univers juridique oblige, l’accent est plus mis sur le côté enquête et le sujet traité est bien plus sombre. Mais tout comme Yakuza, Judgment se permet beaucoup de moments de folie, même si 95% d’entre eux sont cantonnés aux contenus annexes. Là où l’on poursuivra un tueur en série dans le scénario principal, on poursuivra littéralement une perruque volant au gré du vent dans les quêtes annexes. C’est un exemple, mais il y a beaucoup de moments bien stupides et très drôles qui attendent les joueurs qui prendront le temps d’explorer les quartiers de Kamurocho et ce contraste entre les tons est plus que bienvenu !

Pièce à Conviction N°2 : La Structure et le Gameplay

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En termes de structure et de gameplay, si vous avez joué à un Yakuza, vous savez déjà à quoi vous attendre et je pense que vous pouvez sauter quelques paragraphes. Si vous n’avez pas joué à un jeu de la série, n’hésitez pas à me suivre.

Judgment est un open world assez étrange quand on le compare au reste du milieu. Ici, impossible de se battre contre n’importe qui, ni faire n’importe quoi, mais le nombre de choses à faire n’en reste pas moins impressionnant. Vous pouvez tout aussi bien suivre les points rouges pour faire avancer l’histoire que vous balader pour tester les différents bars et restaurants que les divers mini-jeux, vrais jeux ou bien entreprendre les très nombreuses quêtes annexes qui vous apporteront points d’expérience, argent et points de réputation. Vous pouvez aussi aller à la rencontre de divers PNJ qui vous offriront potentiellement leurs services en combat ou bien vous amuser à prendre des selfies comme si vous étiez vraiment à Kabukicho (le quartier qui a inspiré Kamurocho et qui apparemment est une reproduction très fidèle de ce quartier.

En parlant de Kamurocho, le point qui fera peut-être grimacer certains, mais qui en ravira beaucoup : ce quartier est très petit quand comparé aux maps des open worlds actuels. La différence, c’est que les activités sont toutes très concentrées ici et vous finirez fatalement par connaître ce quartier comme votre poche (contrairement aux autres open worlds où l’on se paume vite et l’on n’a pas grand chose à faire au final). De plus, ce côté « restreint » fait que ça rend les très nombreux allers et retours largement tolérables et si vous avez la flemme, vous pouvez même prendre un taxi pour aller d’un bout à l’autre de la map !

Pour ce qui est du gameplay, il y a plus ou moins trois catégories de jeu en dehors de l’exploration de quartier : les phases d’enquête, de poursuite et de combat.

La première est… Malheureusement la moins fun du lot. Pour résumer, ça consiste juste en des phases où vous devez vous balader dans un espace restreint et cliquer sur la bonne chose pour faire avancer le schmilblik… Et aussi retrouver des chats qui vous rendront FOU avec leur miaulement que vous traquerez en priorité juste pour les faire taire !

Il y a aussi des phases de filature un peu longuettes qui consistent à suivre votre cible sans vous faire repérer. En gros vous marchez, gardez votre caméra sur la personne (chose rendue triviale grâce à une upgrade que vous pouvez plus ou moins débloquer au bout de dix minutes de jeu si vous faites gaffe) et vous vous planquez dès que vous voyez la personne se retourner. Il y a une variation très intéressante/stressante qui intervient assez tard dans le scénario, et j’imagine que d’autres variantes dans ce style sont planquées dans les quêtes annexes, mais ça restait un peu trop simpliste et répétitif pour être intéressant durant les missions principales. Heureusement, ces phases d’enquêtes sont très peu nombreuses.

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Les phases de poursuite sont toutes aussi rares et consistent plus ou moins à éviter les obstacles et être réceptifs aux QTE que l’on nous balance. Tout aussi répétitives, mais un peu plus stimulantes.

Enfin, les phases de combat sont là où l’ADN de Yakuza se trahit totalement : vous devrez user de vos poings et pieds pour vous battre et alterner entre le style de la Grue qui permet de taper plus facilement sur un grand nombre d’ennemis (même si j’ai remarqué que passée la moitié du jeu la plupart des coups manquent plus facilement les cibles ou bien sont bloquées) et le style du Tigre qui permet de plus facilement se focaliser sur un seul adversaire. Le système de combat est plutôt simple et efficace et vous propose aussi de vous emparer des objets du décor pour les balancer à la tronche des gens.

Et si vous avez rempli votre jauge de super, que vous ayez des objets ou non et selon divers sets de circonstances il vous sera possible de balancer des attaques aussi ridicules qu’extraordinairement efficaces. Petit conseil : n’hésitez pas à débloquer la technique de la balançoire et tentez d’attirer vos assaillants vers une balançoire pour une des attaques les plus drôles que j’ai vu ces dernières années.

Comme vous pouvez vous en douter, ces phases sont très fun et stimulantes et elles atteignent un pic durant les combats de boss où même si la stratégie ne change pas des masses, les séquences de mi-combat valent clairement le détour, avec des chorégraphies incroyables !

Il existe d’autres styles de gameplay et de mini-jeux, dont un jeu de plateau assez étrange que j’aurais bien aimé creuser plus si j’avais eu le temps et aussi et surtout de véritables jeux d’arcade jouables à deux, dont Fighting Vipers, Virtua Fighter 5 Final Showdown et Puyo Puyo, en plus d’une parodie de House of the Dead et des machines à grappin où l’on peut choper des peluches Super Monkey Ball qui nous échappent constamment et que l’on claque tout notre argent et rrrrrrgnnngngngngn je veux une peluche Aïaï !

D’ailleurs, juste histoire de vous donner une idée de la quantité de contenus annexes offerts par le jeu : j’ai arrêté de jouer au bout de 26h en ayant fini le scénario et fait quelques quêtes annexes et le pourcentage de contenu que j’ai couvert s’élevait à… à peine plus de 14% ! Sega tient son Breath of the Wild, et, ironiquement, Kamurocho semble tenir dans un mouchoir de poche comparé au Hyrule du titre de Nintendo !

Pièce à Conviction N°3 : La Présentation

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Spin-off de Yakuza oblige, Judgment est un jeu qui repousse les limites de la console qui l’accueille pour tout ce qui est des visages. C’était presque parfois au point que j’oubliais que je jouais à un jeu vidéo et que je regardais une série ! Pour le reste, c’est un peu plus mi-figue mi-raisin, avec des modèles de personnages qui semblent sortis sur PS3, voire PS2 pour certains éléments de décor, mais ça reste très acceptable, surtout quand on prend en compte la grande variété dans les bâtiments et le grand nombre de petits détails inutiles.

Niveau performances, c’est aussi du très bon, avec des choix de casting qui tiennent de la perfection. Forcément, en tant qu’Occidentaux, on sera très peu à avoir les références, mais on sentira que les acteurs font plus que bien le taf’ et collent à leur rôle. Mon seul regret tient du fait que les scènes utilisant la motion-capture soient si rares, optant plus pour des animations à la main donnant un rendu un peu robotique par moments, mais j’imagine que le budget n’était pas non plus illimité et que Sega n’avait pas non plus envie de tout risquer sur ce seul jeu.

Le seul point de la présentation qui m’a un peu moins impressionné vient des musiques, qui ne sont pas vraiment marquantes. Elles sont bonnes, mais un peu trop discrètes ou bien trop facilement assimilées à des musiques de série télé, ce qui est ironiquement très approprié.

En bref, je pense que vous aurez compris que j’ai adoré Judgment. Certes, le jeu possède quelques petites longueurs et les phases d’enquêtes sont un poil molles, mais l’histoire passionnante, sa mise en scène, son propos et sa générosité font que j’ai passé un très… Très bon moment !

Et comme dit dans mon intro, même si je l’ai adoré, je sais d’avance que le recommander à tout le monde serait une erreur. Judgment est un jeu mentalement exigeant avec des thématiques et un rythme relativement lent qui toucheront bien plus un public adulte et mature que celui qui s’attendrait à jouer à un open-world à la GTA. Il faut aussi être un minimum réceptif aux polars et à ce genre de série télé et donc si vous trouvez ça ennuyant, vous risquez de passer plus de temps sur les quêtes annexes que sur le scénario (ce qui est faisable, vu que leur quantité est équivalente au scénario lui-même, mais ça serait dommage).

C’est aussi pour cette raison que si vous n’êtes pas trop réceptif à ce genre-là, je vous conseillerais peut-être de commencer par Yakuza Zero, Kiwami 1 et 2 (puis 3, 4, 5 et 6 si vous avez une PS3) avant de vous pencher sur Judgment, car ils sont un poil plus légers et possèdent des histoires plus «  » » » »simples » » » » », puis ensuite faire Judgment si vous êtes devenu accro, ce qui n’est pas impossible.

En revanche, si vous êtes de base réceptif au genre, mais que vous n’êtes pas trop familier avec Yakuza, ce n’est pas un problème. Judgment a été tout autant conçu comme un spin-off qu’un point d’entrée à cet univers et il serait vraiment dommage que vous vous priviez d’un jeu aussi généreux et respectueux du joueur.

Et c’est un AAA ambitieux et sans micro-transactions ni contenu coupé pour faire des DLC essentiels qui peut durer plusieurs dizaines d’heures si on le souhaite ET qui propose Fighting Vipers et Puyo Puyo ! Que demander de plus ?

Benjamin « Red » Beziat

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