Kayane

[Critique PS4] A Plague Tale – Innocence : Rats Wars

A Plague Tale

Appelez-moi parano, mais j’ai la sensation que tous les jeux auxquels j’ai (voulu) joué sont liés d’une manière ou d’une autre. Non parce que Kingdom Hearts III a les nuées de Sans-Coeurs fonctionnant comme une seule entité, Days Gone a des marées de zombies, Ghost of a Tale nous fait jouer une souris dans un vieux château à l’architecture très française et A Plague Tale – Innocence nous confronte à des nuées de rats fonctionnant comme une seule entité au sein de paysages médiévaux de ma bonne vieille Aquitaine. Tout. Est. Lié !

Plus sérieusement, j’attendais A Plague Tale depuis l’annonce du projet début 2017. Un jeu fait par le studio Asobo situé dans un Moyen-Âge plutôt réaliste et qui plus est dans la région bordelaise ? Et avec Olivier Derivière à la bande-son ? Mais allez-y, donnez-le moi de suite ! Car pour le coup, il s’agit du premier projet 100% original du studio fait entièrement maison depuis Fuel, sorti en 2009, et on sent qu’ils y ont mis tout leur coeur et tout leur savoir-faire pour nous offrir une expérience narrative maîtrisée et capable de concurrencer les plus grands studios !

Même si on peut déplorer l’absence de Rémy de Ratatouille, dont le jeu avait été développé par Asobo !

Voyage en Terre Chocolatine

A Plague Tale raconte l’histoire d’Amicia et Hugo De Rune, deux enfants d’une famille de noble dont le quotidien bascule du jour au lendemain suite à une attaque par l’Inquisition, venue pour tenter de mettre la main sur Hugo pour des raisons mystérieuses. Sans maison et sans aide extérieure, les deux vont devoir tout faire pour survivre dans une Aquitaine en proie aux affres de l’Inquisition, de l’armée anglaise, de la peste bubonique et d’une véritable déferlante de rats bien décidés à dévorer tout ce qui ne traîne pas à côté d’un feu de camp.

Je n’irai pas plus loin pour ne pas spoiler, mais même si je regrette un peu l’absence de développement de la plupart des personnages secondaires et encore moins de certains points que j’aurais imaginé être plus mis en avant (comme l’armée anglaise, vu que ça se déroule pile pendant la Guerre de Cent Ans et pas loin de Castillon-la-Bataille – bon ok, avec 90 ans d’avance par rapport à ce lieu important… Oui, je ressors tout mon bagage culturel de gars qui a passé son enfance dans le village à côté et qui donc en a beaucoup entendu parler) l’histoire est focalisée sur les aventures des De Rune et ses adversaires et elle évite ainsi de trop s’y perdre et donc de nous perdre. Je m’attendais aussi à quelque chose de bien plus ancré dans le réel et même si certains éléments plus surnaturels m’ont un peu surpris, ça reste raccord avec cette idée que l’on a de l’époque avec ses légendes et le fait que la science de l’époque était principalement basée sur des superstitions.

Pour être honnête, l’histoire ne va probablement pas vous marquer durablement, mais l’ambiance folle et son milieu plutôt unique et son sens du détail font que vous passerez un excellent moment.

Prise de Ka-rat-é

A Plague Tale Nicholas

En termes de gameplay ou de structure, c’est… Assez simple. Le jeu est très linéaire au point que la première moitié n’offre que très peu de chances pour vous laisser vous exprimer. Vous avez un point A et il faut aller au point B en suivant un chemin qui est plus que très bien marqué sans pour autant être indiqué. C’est toujours très subtil au point que ça vire presque à une sorte de navigation instinctive, ce que je trouve aussi admirable que flippant tant on ne se rend pas compte que le jeu nous mène par le bout du nez aussi « facilement », preuve que les level-designers ont fait un excellent travail.

Certains niveaux seront un peu plus ouverts que d’autres, avec parfois la possibilité d’aborder une même situation de différentes manières et plus on avancera dans l’histoire, plus on aura de possibilités pour faire les choses à notre façon.

Car au début, notre seul moyen de nous défendre est d’utiliser notre fronde et des cailloux pour distraire les ennemis et les contourner. Puis au fil des upgrades et des outils, on peut potentiellement tuer nos adversaires en trouvant un moyen pour leur envoyer des rats à la tronche et l’on se sentira pleinement en contrôle sur le dernier tiers, au point que l’on pourra élaborer des plans plus complexes en plusieurs étapes pour se débarrasser d’ennemis certes moins menaçants, mais pas moins dangereux.

Ici, il n’y a aucun niveau de difficulté à sélectionner. Amicia et Hugo étant des enfants, il ne suffira que d’un coup pour mourir et être renvoyé au dernier checkpoint (qui sont très généreusement placés) donc même si sur la fin on aura tellement gagné en options et nos munitions seront presque inépuisables au point que l’on se sentira tout puissant, il suffira d’une seule erreur de jugement pour se faire punir, ce qui est un bon moyen de rester humble.

Pour équilibrer un peu les choses, les munitions sont limitées et les munitions spéciales comme les boules enflammées ne peuvent être créées qu’avec des matériaux spécifiques que l’on trouvera dans le décor, un peu à la The Last of Us. Mais contrairement à ce dernier, les différents éléments nécessaires sont rarement difficiles à obtenir, au point que l’on aura très souvent tout ce qu’il faut pour progresser comme on le souhaite (et s’il y a besoin d’un élément en particulier pour une énigme, il sera forcément dans le coin)… Et ça peut mener à des situations assez étranges, notamment lorsque l’on trouve de l’alcool dans la chambre d’un enfant. Oui, c’est du pinaillage, mais ça m’a fait rire tant ça paraissait absurde.

En dehors des combats, A Plague Tale nous propose parfois quelques énigmes. Rien de bien méchant, ni de quoi vous faire cogiter plus de dix minutes à chaque fois, mais certaines d’entre elles sont particulièrement ingénieuses et plaisantes à déchiffrer (même s’il y en a une que je crois avoir totalement contourné par accident en utilisant un outil de dernier recours).

Mon seul vrai regret vient de l’absence de boss au long de l’aventure, et ce malgré le fait que le second chapitre nous laisse penser qu’on en aurait régulièrement. En tout et pour tout, il y en a trois, dont deux sur la fin et le second boss aurait fait un bien meilleur boss de fin en termes de mécaniques que celui que l’on a que je trouve certes plus abouti et logique d’un point de vue narration, mais un peu trop… Ridicule par rapport au ton supposé réaliste du jeu, là où le second était bien plus terrifiant parce qu’il était plus réel (et non rassurez-vous ce n’est pas un rat géant ou un homme-rat, heureusement).

Siiii tu souriiiis…

A Plague Tale Critique

Là où A Plague Tale fait extrêmement bien les choses, c’est dans sa présentation : le jeu est sublime ! Les décors sont riches et détaillés. Les modèles de personnages sont souvent très réalistes (même si par moments ça prend des allures étranges) et la VF est excellente, notamment avec un Féodor Atkine (la voix française de Jafar dans Aladdin et le Leader Suprême Snoke dans la VF de Star Wars) toujours aussi menaçant.

Et comme dit dans l’intro, je ne pouvais qu’être ravi de voir qu’Olivier Derivière (Alone in the Dark, Obscure, Remember Me, Assassin’s Creed Freedom Cry, Vampyr) était en charge de la bande-son du jeu ! Et même si c’est moins mélodique que dans la plupart des jeux auxquels il a participé, la bande-son est présente dans tous les aspects du jeu, avec une utilisation très intéressante des violons pour les moments de tension en plus du fait que tout s’adapte en fonction de la situation et la sensation d’avoir des montées en intensité en temps réel.

En bref, peut-être que c’est parce que le jeu était situé dans ma région et fait dans ma région, mais j’ai vraiment aimé A Plague Tale – Innocence ! Un jeu qui n’a pas été produit avec un budget aussi élevé que les plus gros blockbusters et qui pourtant arrive à leur tenir tête, le jeu propose une très bonne expérience narrative d’une dizaine d’heures offrant de bons moments de tension en plus d’une ambiance et une atmosphère assez uniques (et c’est aussi un jeu avec aucune micro-transaction, ni aucun défaut technique majeur, ce qui est encore plus rare dans le milieu des gros budgets). J’ai peut-être été un peu critique dans mon texte, mais il faut dire que si je n’étais pas allé chercher la petite bête, je n’aurais pas eu grand chose de « négatif » à dire dessus, ce qui est plutôt bon signe !

On sent que les gens chez Asobo ont profité de l’expérience et les fonds apportés par tous les jeux qu’ils ont produit sur commande pour faire quelque chose qu’ils voulaient faire par dessus tout et si A Plague Tale est un exemple de ce qu’ils sont capables de nous sortir, je n’ai qu’une chose à dire : je veux absolument voir ce qu’ils peuvent nous concocter à l’avenir en termes d’autres projets 100% originaux !

50€ peut être vu comme un peu élevé pour une expérience linéaire d’une dizaine d’heures et sans éléments incitant à y rejouer, mais si vous savez dans quoi vous vous engagez (ou que vous attendez une baisse de prix), je pense que vous passerez un excellent moment avec ce conte macabre… Enfin, si vous n’avez pas peur des rats, parce que bon, si c’est le cas, je crois que c’est rat-é.

Indispensable

Benjamin « Red » Beziat

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