Kayane

[Critique Nintendo Switch] Pokémon Let’s Go Pikachu – One ‘Mon Army

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Quand une série devient un peu trop compliquée pour le grand public, plusieurs choix s’offrent à vous : soit vous faites table rase avec un reboot pour rendre les choses plus accessibles, soit vous continuez de faire comme avant pour éviter de vous mettre les fans à dos tout en tentant de barder le trucs d’explications en tout genre pour tenter de trouver un compromis, ou bien vous faites un spin-off clairement désigné comme tel et destiné au grand public pour vraiment avoir le compromis parfait.

The Pokémon Company et Game Freak ont, comme vous pouvez vous en douter, décidé d’opter pour cette dernière solution avec Pokémon Let’s Go. Là où les choses deviennent particulièrement intéressantes dans ce cas, c’est que Pokémon Let’s Go remplit quatre rôles bien précis, mais indissociables : primo, il sert de passerelle entre la série principale et Pokémon Go, en mélangeant les deux types de gameplay pour initier les joueurs de Pokémon Go aux mécaniques plus complexes des RPG que l’on connaît à ce jour. Doduo, il permet de gagner du temps. Développer une nouvelle génération ne se fait pas en un claquement de doigts et certainement pas en deux ans. Dodrio, il permet aux jeunes développeurs fraîchement entrés chez Game Freak ainsi que les vétérans de se faire la main sur le hardware de la Nintendo Switch (et créer des assets en avance pour au moins les 151 (+2) premiers Pokémon). Enfin, erm… En numéro 4, Pokémon Let’s Go est un remake de la première génération, tapant allègrement dans la nostalgie des joueurs que nous étions il y a vingt ans (aïe) et permettant aux plus jeunes générations de connaître les débuts de la série sans toutes les contraintes des épisodes originaux.

Les joueurs étaient sceptiques, dubitatifs. Notamment moi, qui ne voyait pas le sacrifice « de la moitié » du gameplay d’origine au profit de mécaniques tirées de Pokémon Go d’un bon oeil et n’étais pas sorti particulièrement impressionné de la démo du jeu présentée à l’E3. Et après seize bonnes heures de jeu en 48h pour finir le jeu (et même un peu plus) et vous présenter un avis éclairé au plus vite, eh bien… J’ai été le premier étonné de m’amuser autant sur un épisode plus ou moins principal de la série depuis Pokémon Noir et Blanc* !

* Note : ça ne veut pas dire que je n’ai pas aimé X/Y/Rubis Oméga/Saphir Alpha/(Ultra) Soleil/(Ultra) Lune, mais je n’ai pas fini par ressentir la lassitude pointer le bout de son nez avec Let’s Go.

Let’sa Go ? Oooki doki !

Si vous avez déjà joué et fini Pokémon Bleu/Rouge/Jaune/Vert Feuille/Rouge Feu, vous n’aurez pas vraiment de surprises avec l’histoire de Let’s Go, quasiment restée telle quelle : vous incarnez un jeunot du Bourg Palette prenant son sac à dos et ses baskets pour partir à la chasse aux Pokémon dans le but de devenir Maître Pokémon. Sur la route, vous croiserez des gentils et la Team Rocket, yada yada yada, vous connaissez la suite.

Et même si l’histoire n’est pas bien différente de Pokémon Jaune (et non, Miaouss ne parlait pas dans Pokémon Jaune, ce n’était que l’animé !), les scénaristes ont légèrement revu la copie laissée par l’original en réajustant quelques menus détails ici et là en plus de rendre certains trucs un poil plus logiques. Cela étant dit, un des plus gros changements qui m’a déplu vient du Rival, qui passe du Régis arrogant que l’on adorait détester à ce personnage sans véritable personnalité autre que « Je suis trop gentil et je t’encourage tout le temps ! ». Mettez ça sur le compte du vieux con que je suis, mais j’aimais bien la sensation de bien-être que l’on ressentait lorsque l’on rabattait le caquet de Régis… Cela étant dit, le vieux con que je suis était très heureux en voyant pas mal de lignes de dialogues identiques aux jeux d’origine. C’est stupide, mais voir le petit gamin au short ou un des personnages parler de dents (demandez pas) était suffisant pour raviver des souvenirs enfouis depuis longtemps.

Pikachu, Destroyer of Worlds

En termes de structure, là encore, c’est plus ou moins la même chose qu’à l’époque. Vous allez dans une ville, vous trouvez l’Arène, défoncez le Champion, prenez son badge et allez à la ville suivante, sauf si le scénario dit le contraire. Répétez la procédure jusqu’à devenir Maître Pokémon et ensuite allez dans le Post-Game compléter le Pokédex, affronter des versions plus puissantes des champions d’Arène ainsi que les 151 Maîtres Pokémon, chacun n’ayant qu’un seul Pokémon niveau 75 que vous devez obligatoirement battre avec le même Pokémon et sans utiliser d’objets. Autant dire que si vous trouvez la quête principale facile (et encore, j’y reviens tout à l’heure), là, vous ferez face au Dark Souls des jeux Pokémon.

Là où Pokémon Let’s Go se démarque des autres épisodes et devient carrément expérimental, c’est dans son absence volontaire de combats contre des Pokémon sauvages, au profit d’un système de capture calqué sur Pokémon Go. Pas besoin de cruellement affaiblir votre cible, il suffit tout simplement d’appâter les bêtes, puis de lancer des Pokéballs sur leur tronche tout en espérant qu’ils n’en ressortent pas. Bien entendu, les choses ne sont pas aussi simples et il existe quelques mécaniques « cachées » qui rendent le processus de capture bien plus intéressant. Par exemple, si vous réussissez à lancer la balle au centre du monstre alors que le cercle de capture est minuscule, vous aurez plus de chance de le capturer en plus d’augmenter considérablement votre multiplicateur de points d’expérience. Ce multiplicateur peut d’ailleurs grandement augmenter si le Pokémon capturé est à sa taille maximale/minimale, qu’il s’agit du premier spécimen de son espèce capturé ou bien s’il s’agit du dixième consécutif (à noter que capturer plusieurs fois le même Pokémon non seulement vous permettra d’augmenter les chances d’en obtenir un d’une couleur différente, mais en plus vous augmenterez le nombre de doublons dont vous pourrez vous débarrasser en échange de bonbons qui augmenteront de manière permanente les stats de votre équipe).

Couplez ça au fait qu’on voit les bestiaux se balader librement sur la carte et donc vous pouvez assez facilement les esquiver et vous avez un système que soit vous adorerez, soit vous détesterez.

Pokemon Let's Go

Personnellement, j’ai plus qu’adoré ce système pour deux raisons. Premièrement, il offre une variété au gameplay plus que bienvenue et deuxièmement, ça rend le flow et le rythme du jeu infiniment plus supportable. Rien que le fait de pouvoir traverser des zones sans un seul combat contre un Pokémon sauvage rend la traversée de la carte bien plus agréable. De plus, les confrontations sont relativement rapides, faisant que l’on ne perd pas trop de temps (il m’est parfois arriver de faire des sessions d’une heure sans rencontrer un seul Pokémon sauvage). Et l’apparition des monstres sur la carte fait que l’on peut bien plus rapidement trouver des Pokémon que l’on ne voyait parfois jamais dans les jeux d’origines à cause d’une RNG trop capricieuse et créer des chaînes plus facilement, sans compter que les combats contre les Dresseurs sont tellement nombreux et fréquents que l’on a déjà suffisamment de RPG classique pour compenser la perte de ces types de combats.

Le contrecoup de ce système, c’est que l’on gagne énormément de temps. Tant et si bien que j’ai « fini » le jeu en à peine plus de quinze heures parce que mon équipe était surpuissante et je prenais quand même mon temps pour tout explorer/exploser tous les pauvres Dresseurs qui croisaient mon regard… Enfin… Mon Pikachu a fait tout le boulot, car en plus de posséder des techniques de types qui ne devraient pas coller le rendant extrêmement versatile et en moyenne vingt niveaux de plus que le reste de la compétition (bon, ça, c’était aussi la faute aux vingt Super Bonbons que j’avais trouvé en cours de partie et décidé de lui donner), il était tellement bourré de bonbons que ses stats de base ont explosé et il a roulé sur la compétition. Sans rire, j’ai battu la Ligue Pokémon à 90% rien qu’avec Pikachu et quatre membres de mon équipe ne sont jamais sorti de leur Pokéball tellement il était surpuissant ! Bref, le jeu était devenu incroyablement facile… Mais tellement jouissif que je me sentais presque mal de ressentir autant de plaisir à anéantir mes adversaires en un coup. Hum.

Pokémon Let’s Go étant un remake assez simple de Rouge Feu/Vert Feuille, pas mal d’activités annexes introduites dans les épisodes suivant n’ont pas été incluses (et le casino a été « retiré », parce que Nintendo ne veut pas voir les organismes de classification affubler au jeu un PEGI 12 lié aux jeux d’argent). Parmi les « nouveautés », il y a donc la Poké-Récré qui revient dans une version simplifiée où seul Pikachu (ou Evoli, selon la version) se poupounable. Vous pourrez lui faire des papouilles, des gratouilles, jouer avec lui, lui donner à manger et pousser des petits cris de joie en voyant ce tas de polygones être le truc le plus adorable au monde. Je ne m’étais jamais vraiment pris au jeu de ce mode Nintendogs-like dans les épisodes précédents, mais là, je dois avouer qu’il m’était difficile de ne pas ressentir quelque chose en voyant Pikachu réagir de manière positive à chaque fois qu’il se passait quelque chose de cool.

L’autre nouveauté vient du gadget qui remplace le Parc Safari (hélas) et qui est lié à Pokémon Go. Si vous arrivez à lier les deux jeux via un processus un poil alambiqué et qui n’est absolument pas aidé par une interface cryptique de la part de Pokémon Go, ainsi qu’un menu un poil trop bien planqué dans Pokémon Let’s Go, vous pourrez transférer vos créatures de Go à Let’s Go pour avoir plus facilement les monstres les plus difficiles à capturer et rendre la quête du Pokédex triviale et si vous en avez 25 d’une même espèce, vous pourrez jouer à un mini-jeu assez anecdotique. Dans un sens, je trouve que ce n’est pas plus mal, puisque le joueur qui n’a pas de smartphone ou pas assez d’espace pour conserver le gouffre à mémoire qu’est le jeu smartphone n’y perdra pas grand chose au change.

Enfin, parmi les petits ajustements qui font plaisir, même si je regrette la disparition des vélos, le fait de pouvoir monter certains Pokémon pour aller plus vite est particulièrement cool et on peut noter que le stockage sur un PC qu’il faut aller voir en faisant des détours de quinze kilomètres pour changer son équipe est un élément qui appartient au passé. Maintenant, tout se fait depuis le menu principal et même si je dois avouer que l’interface du sac est plutôt bordélique, le gain de temps n’en est que plus appréciable.

Par contre, s’il y a bien un truc que j’ai trouvé particulièrement naze dans ce jeu, c’est dans le jeu en mode télé : obligation d’y jouer avec un seul Joy-Con et de lancer les Pokéballs physiquement. La détection est loin d’être bonne et il m’est souvent arrivé de lancer plus à côté que sur le Pokémon en lui-même. Idem, si ce n’est pire avec la Pokéball Plus, puisque non seulement la détection est tout aussi aléatoire, mais l’objet en lui-même est pas forcément évident à prendre en main. J’avais déjà énoncé mes craintes lors de l’événement preview post-E3, mais déterminer la position du stick à la volée sur un objet sphérique n’est pas particulièrement évident. Quand ça fonctionne, c’est cool, mais, pour le coup, j’ai eu plus vite fait de reprendre la console hors du dock une fois chargée pour y jouer en mode portable, puisque l’on peut utiliser les deux Joy-Con normalement et la capture se fait à la pression d’un bouton couplée à une visée au gyroscope bien plus précise…

Niveau présentation, Pokémon Let’s Go est intéressant. On aurait probablement pu apprécier un petit bonus d’animations pour les Pokémon et les PNJ qui bougent de manière encore un peu trop robotique, mais la transition sur console HD est plus que plaisante. Ayant fait les épisodes originaux à leur sortie, j’ai aussi eu le plaisir de voir des environnements que je connaissais sur le bout des doigts réinventés et rendus plus organiques, avec une tonne de petits détails dissimulés ici et là. Après, personnellement, je dois avouer que je ne suis pas trop fan des visages des personnages, bien qu’ils se rapprochent plus du style de Ken Sugimori à l’époque que les autres titres et lui rendent bien hommage. Je sais pas pourquoi, mais ça m’a perturbé d’un bout à l’autre de ma partie.

Enfin, là où j’attendais le plus ce jeu au tournant, c’était dans la remasterisation des musiques. Je suis très heureux de voir qu’ils ont décidé d’opter pour de l’orchestral… Même si je n’arrive toujours pas à déterminer s’il s’agit de véritables instruments ou bien de samples de très haute qualité… Probablement un mix des deux. Les reprises sont excellentes et plus que fidèles aux morceaux originaux, avec un focus sur les instruments à cordes pour donner un petit côté ancien, mais pas trop.

En bref, je pense que vous aurez compris que j’ai vraiment passé un excellent moment avec Pokémon Let’s Go Pikachu. Faisant partie des joueurs qui jouent à la série juste pour le plaisir de l’aventure, l’absence de combats aléatoires a fait de cet épisode un jeu très relaxant et addictif à parcourir en plus d’être l’occasion de revivre une aventure déjà vécue il y a deux décennies de la manière la plus optimale qui soit. Il ne révolutionne rien, mais il améliore grandement l’expérience de jeu par petites touches pour rendre l’expérience agréable (si l’on enlève la Pokéball Plus de l’équation, puisqu’il ne s’agit que d’un gadget qui n’apporte globalement pas grand chose de plus).

Je ne sais pas si je peux recommander le jeu aux fans les plus hardcores qui ne jurent plus que par la fiche de statistiques, mais pour tous ceux ne serait-ce qu’un minimum intéressés par la série de près ou de loin et qui ne cherche pas un jeu extrêmement long ou demandant, Let’s Go est plus qu’un excellent choix en plus d’être une bonne initiation aux mécaniques plus complexes de la génération à venir l’an prochain.

Red Recommandé

Benjamin « Red » Beziat

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