Kayane

The Promised Neverland : le manga de l’année ?

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The Promised Neverland : le manga de l’année ?

The Promised Neverland est la pépite de l’année 2018 pour Kazé. Publié depuis l’été 2016 dans le Weekly Shonen Jump aux côtés de grands classiques comme One Piece, le manga de Kaiu Shirai et Posuka Demizu étonne par son originalité et sa dimension horrifique. The Promised Neverland nous plonge dans la Terre de 2045, où vivent Emma, Ray et Norman, trois orphelins de onze ans. Trois petits génies s’épanouissant sous l’œil attentif de la « maman » des 38 orphelins de Grace Field House. Ils y vivent dans l’innocence et la joie, profitent de succulent repas, de lits douillets et d’heures de rigolade quotidiennes. Les enfants jouent d’ailleurs presque autant qu’ils le souhaitent, à partir du moment où ils respectent quelques règles immuables.

Avant tout, ils doivent toujours écouter ce que dit Maman. Ensuite, il leur est interdit d’aller vers le portail menant au monde extérieur, et encore moins de franchir la barrière encerclant l’orphelinat, au-delà d’une forêt qui est leur principal terrain de jeux. Enfin, tous les enfants doivent passer un examen quotidien. Des tests qui poussent les enfants dans les derniers retranchements de leurs capacités cognitives. L’histoire ne se concentre d’ailleurs pas sur le trio d’Emma, Ray et Norman par hasard : ce sont les seuls enfants de l’orphelinat à obtenir des scores parfaits. À la lecture des premières pages, la vie des enfants de Grace Field House semble idyllique. Une seule découverte vers la fin du premier chapitre suffit à transformer l’ordre en chaos. Les dix pages suivantes bousculent tout ce que l’on avait cru savoir sur le monde et les personnages du manga et nous poussent à dévorer le volume jusqu’à sa fin.

Éléments fantastiques, thriller psychologique, mystères et aventure, voilà ce qu’on vous promet avec The Promised Neverland. Beaucoup de lecteurs y voient une sorte de successeur spirituel à Death Note, ancien titre phare de Weekly Shonen Jump, qui gravitait déjà autour des mêmes genres et donnait plus de relief à ce que proposait autrement le magazine. Si le manga est encensé par la critique et les fans depuis presque deux ans au Japon, je me dois de dire que ce n’est pas pour rien ! Le premier volume exécute son cahier des charges avec brio et ne perd pas de temps pour nous situer les personnages – que ce soit les protagonistes ou les antagonistes, le lieu, la situation initiale, l’élément perturbateur en plus d’insister sur les difficultés auxquelles vont faire face nos héros pour sortir de leur enfer. En somme, le premier chapitre de The Promised Neverland fait ce que doit faire n’importe quelle histoire pour s’imposer auprès de nouveaux lecteurs : il vous force à tourner la page suivante pour connaître la suite.

 

EmmaMonster

 

Style et personnages

L’exécution du moment clef du manga qui amorce l’aventure de nos héros est absolument magistrale. Même après avoir lu ceci et en vous attendant à une surprise, vous êtes garanti de rester bouche bée pendant une minute. Sans rien révéler, vous vous doutez bien qu’il ne s’agit pas d’une bonne surprise, et l’histoire prend une tournure sombre très, très, très vite. Non pas que l’ont ait pas l’habitude de voir des personnages de manga dans des situations sordides, mais ce sont rarement des orphelins de onze ans sans défense et en éternelle quête d’affection. Votre perception du manga change instantanément et promet une dimension fantastique qui attise la curiosité du lecteur. Un sentiment qui redouble d’intensité dans les dernières pages du volume où l’on nous donne un aperçu de ce qu’il se passe au-delà de l’orphelinat.

Suite à la révélation s’ajoute une contrainte de temps pour nos héros : ils veulent partir et doivent le faire rapidement. Une urgence qui se fait sentir de plus en plus alors que Kaiu Shirai ralentit le rythme et laisse l’ambiance de thriller s’installer. Le lecteur rentre réellement dans la tête des protagonistes. Tout est une question de secret : les enfants savent maintenant des choses qu’ils ne sont pas censés savoir et afin de s’échapper, ils doivent pourtant continuer de faire comme si de rien n’était. Le manga vous tient en haleine justement parce que les personnages trouvent toujours de nouvelles idées et stratagèmes pour gagner cette guerre psychologique, et ce des deux côtés de l’équation.

Emma est au cœur de tout, de l’histoire du manga comme de la vie de l’orphelinat et de ses camarades. Elle est notre narratrice et c’est avant tout à travers ses pensées que nous suivons l’intrigue. Fillette joyeuse et pleine de compassion, elle est celle qui essayera toujours de protéger tous les autres enfants. Malgré le choc de la révélation du premier chapitre, elle parvient à regagner courage pour guider ses amis. Ses deux acolytes, Ray et Norman, sont chacun à leurs manières, deux surdoués. Ray est un pragmatique. Un expert en logique au sang froid pourtant très proche de son humanité et de ses défauts. Ne vous fiez pas à son allure de « mec ténébreux de manga », il est tout sauf un cliché. Enfin vient Norman, considéré comme le plus intelligent de tous et aussi plus émotionnel que les autres, ce qui lui donne à la fois les armes et la motivation pour tenter de sauver son groupe d’amis. Quant à Isabella, la Maman de l’orphelinat, il s’agit sans doute du personnage le plus intéressant du manga et incarne parfaitement la dualité de The Promised Neverland : la douceur de vivre et la terrible réalité.

 

Tests

 

Le bon et le mauvais

Même si le manga est clairement au-dessus de la moyenne, tout n’est bien entendu pas parfait. Le plus gros problème réside dans les dialogues et le rythme inégal des chapitres. Soit il se passe dix choses en une page, soit il ne se passe qu’une chose en dix pages. On se perd parfois dans des bulles de monologues internes sans fin, qui, bien qu’elles nous placent avec justesse dans la tête d’Emma, nous répètent souvent trois fois la même information. L’auteur s’assure que le lecteur ait bien compris la motivation et la logique des raisonnements de chacun de ses personnages et cela peut traîner en longueur. Il y a de fortes chances pour que vous répétiez, « C’est bon, j’ai compris, avance maintenant ! » durant votre lecture. D’où l’idée que The Promised Neverland comble un vide dans le Weekly Shonen Jump qui déborde habituellement de shonen blindés d’action. Mais en l’occurrence, vous ne lisez pas Weekly Shonen Jump. Vous lisez un volume entier du même manga et l’éloge devient donc vide de sens.

Pour finir sur une bonne note, il faut souligner l’esthétique générale du manga. Le style graphique de Posuka Demizu est rafraichissant, surtout à une époque où certains manga nous endorment avec une myriade de personnages qui se distinguent uniquement par la couleur de leurs cheveux. Ici, tous les personnages ont un style distinct et sont reconnaissables au premier coup d’œil. Les émotions et expressions faciales sont pleines de détails qui transpirent de vérité, ce qui vous fera parfois sourire et parfois frissonner. Quant au layout, l’art est assez maitrisé pour que la succession des cases soit naturelle. Le bémol est plutôt dans les fonds et les décors. Le volume se déroule entièrement dans le même lieu, la Grace Field House et ses alentours, et il est donc dommage d’avoir souvent qu’une répétition de murs blancs comme décors. La sensation d’isolement est peut-être voulue et soutenue par la narration, mais le syndrome du carré blanc est tout de même trop présent. On excuserait presque ce manque de finesse grâce à plusieurs doubles-pages chocs gorgées de détails, mais force est de constater que cela manque d’équilibre.

 

Trio

 

Devriez-vous l’acheter ?

Est-ce que The Promised Neverland apporte quelque chose que les autres mangas du moment n’apportent pas ? Oui. Est-ce que c’est le meilleur manga de la décennie ? Certainement pas. Mais cela pourrait très bien être le meilleur manga de l’année, et ce n’est pas rien. Si vous êtes accros qu’aux shonen avec de la baston à tous les volumes, The Promised Neverland ne sera peut-être pas pour vous. Dans le cas contraire, je dirais que ce premier volume condense tellement de points positifs que chaque lecteur de manga pourra y trouver son compte. D’après les lecteurs japonais, le premier arc de l’histoire est parfait du début à la fin et personnellement, j’ai hâte de confirmer cela avec le deuxième volume dès fin juin !

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