Kayane

[Critique Nintendo Switch] Fire Emblem Warriors : Lower Rule

Fire Emblem Warriors

Il y a déjà trois ans sortait le plus improbable des cross-overs : Hyrule Warriors, qui mélangeait l’univers de The Legend of Zelda avec le gameplay de Dynasty Warriors légèrement revenu et rendu plus dynamique grâce à l’aide de la Team Ninja. Le jeu a rencontré un joli succès critique et commercial, rendu encore meilleur suite à la sortie sur New Nintendo 3DS d’une « version GotY » sous la forme d’Hyrule Warriors Legends. En ce qui me concerne, j’avais adoré ces jeux et me demandais si une suite allait être développée. Un an et demi plus tard… On a eu le droit à une sorte de suite, même si l’univers d’Hyrule laisse place aux nombreux univers de Fire Emblem, qui connaît une sacrée vague de popularité depuis maintenant quelques années. Alors certes, je suis un peu déçu que ce ne soit pas une autre série, mais c’était le choix le plus logique. Après tout, Fire Emblem nous fait affronter des armées, donc le transposer à un gameplay plus typé action n’était pas bien difficile. Mais était-ce le bon choix ? Si Hyrule Warriors n’était pas sorti avant, j’aurais dit que oui…

The Forgettable Story

Le scénario de Fire Emblem Warriors est… Anecdotique. On suit les aventures des jumeaux Rowan et Lianna qui vivent leur vie tranquille jusqu’au jour où des méchants attaquent. Forcés à l’exil, nos héros devront parcourir les terres pour récupérer des gemmes que possèdent des héros d’autres mondes pour faire resplendir l’égide de feu qui permettra de repousser les ténèbres. C’est du vu et revu, avec aucun suspens, ni véritable intérêt. Les personnages principaux sont fades au possible (j’ai tenté de me remémorer leurs noms pendant que les crédits de fin défilaient et en était incapable pour vous dire le truc) et l’histoire tellement mal écrite que les personnages des précédents jeux apparaissent limite comme un cheveu dans la soupe et n’apportent absolument rien à l’histoire en cours. Sans compter de certaines incohérences liées aux scénarios de certains épisodes qui ne justifient en rien l’apparition de certains personnages… Enfin, on va dire que ça fait le café, mais c’est loin d’être aussi travaillé ou fun que Hyrule Warriors, qui déjà ne volait pas bien haut niveau écriture.

Après, je ne vais pas condamner un jeu qui n’est là purement que pour le fanservice, aussi peu visible soit-il. Car, et il faut être honnête, la série des Fire Emblem a pas brillé des masses dans le domaine de la créativité dans ses décors. Je ne vais pas non plus dire qu’ils ne sont pas variés, bien au contraire, mais ça reste en grande partie de la Fantasy tout ce qu’il y a de plus simple, en grande partie ancrée dans les classiques du genre. Cela se reflète donc dans les cartes de Fire Emblem Warriors, qui sont très classiques, puisqu’il n’y a pas de lieux emblématiques à recréer (même si je n’aurais pas dit non à un peu de folie avec le monde de Fire Emblem Fates Revelations). Château banal, volcan classique, grand arbre que l’on voit absolument partout (et que je suspecte d’ailleurs en bonne partie recyclé de Hyrule Warriors), ville médiévale, etc. Encore une fois, si Hyrule Warriors n’était pas déjà passé par là, ça aurait pu rendre les cartes quelque chose de plus que simplement fonctionnel. Même les ennemis sont peu inspirés, puisque l’on a des humains, des monstres, des dragons et des chevaliers pégase et en dehors du boss final et des héros à affronter, on n’a pas de boss à proprement parler. Bon, après, c’est lié au fait que l’on n’a pas vraiment affronté de gros boss intimidant dans la série, mais ça contribue à renforcer quelque peu ce sentiment de monotonie que son prédécesseur avait réussi à mettre légèrement de côté.

Grindy Warriors

Fire Emblem Warriors 2

Ce qui avait fait une des forces de l’épisode centré sur les aventures des Link, c’était le fait qu’Omega Force avait réussi à intégrer des éléments typiques des Zelda dans la formule des Dynasty Warriors. Avec Fire Emblem Warriors, ils ont tenté d’y intégrer les éléments de stratégie de la série-mère et ça marche plutôt bien ! Avant les batailles, il est possible de préparer les batailles en sélectionnant nos unités et en les dirigeant vers des objectifs spécifiques, qu’il s’agisse de défendre un de nos forts d’une attaque ennemie ou bien de foncer tête baissée vers un de leurs forts ou intercepter un escadron. Couplez ça au fait que, sauf exception, vous pouvez sélectionner quatre personnages que vous pourrez incarner en plus des quelques autres non jouables, mais contrôlables via la carte stratégique et il y a moyen de fortement optimiser ses batailles pour couvrir un maximum de terrain en très peu de temps. Bien évidemment, il est également possible de corriger le comportement de certaines unités en mettant le jeu en pause et il en résulte un jeu qui peut très vite nous demander de gérer des dizaines de situations en même temps. Il est également possible de ne prendre qu’une unité et de se la jouer bourrin de service, mais j’ai vite trouvé que ce processus avait ses limites, puisque ça ralentit pas mal les choses et le jeu n’hésite pas vers la fin de nous balancer jusqu’à 7 assauts simultanés en plus d’unités provoquant des altérations de terrain. Tout est fait pour que le joueur soit constamment impliqué et si l’on se débrouille bien, il est possible de boucler des scénarios en quelques minutes là où l’on en mettrait le triple si on y allait qu’avec une seule unité.

Le système de duo introduit avec Awakening est également présent et nous propose de former un duo avec n’importe quelle unité sur le terrain pour légèrement augmenter nos stats globales, utiliser une attaque pouvant rendre l’adversaire vulnérable, nous protéger contre des coups potentiellement mortels et utiliser une double attaque spéciale qui inflige le triple des dégâts d’une attaque spéciale simple. Bien évidemment, plus vous vous mettez avec un personnage, plus votre lien d’affinité évoluera, débloquant des scènettes pas franchement intéressantes et n’ayant que pour simple conséquence de débloquer des matériaux rares et de déclencher les attaques de vulnérabilité plus rapidement. Le risque de former des duos est de ne plus avoir l’unité complémentaire sur le terrain que l’on pourrait envoyer ailleurs, mais vu qu’il est possible de former et dissoudre les duos quand on veut, on peut vite les envoyer ailleurs en cas d’urgence et les reprendre un peu plus tard.

Enfin, le troisième élément plus ou moins repris de la série principale vient du mode Chroniques, qui propose des cartes inspirées d’anciens épisodes de la série (Gaiden, le premier sur Game Boy Advance, Awakening et Fates) où l’on dirige un sprite 2D sur une carte et où l’on affronte des adversaires qui représentent des objectifs particuliers. Il s’agit en fait d’un mode Missions déguisé dont les objectifs varient plutôt pas mal. Défense de forts, série de combats singuliers en arène, batailles avec deux personnages spécifiques (qui peuvent vite devenir une plaie si ils sont sous-entraînés et que l’on n’a pas assez d’argent pour les faire monter en niveau plus vite)… Il y a de quoi faire et les cartes à priori relativement simplistes révèlent pas mal de sous-objectifs cachés, voire carrément des petits puzzle rigolos. C’est bien plus intéressant que le mode Histoire, puisque l’on ne sait jamais vraiment sur quoi on peut tomber, on peut débloquer des nouveaux personnages et si l’on décide de s’attaquer à la dernière des cinq cartes pour débloquer mon nouveau chouchou de la série sans avoir fait les précédents, on peut faire face à un très joli défi qui rend le jeu bien plus difficile qu’il ne l’est normalement, car les ennemis frappent comme des brutes et sont des sacs à PV. À noter qu’il s’agit du seul mode en dehors du mode Histoire, ce qui peut assez facilement donner cette fausse impression de manque de contenu. Après, le jeu étant un Warriors, le gameplay est voué à devenir répétitif, malgré la variété des situations et l’intérêt réside ensuite dans l’envie de faire monter tous ses personnages au niveau ultime et débloquer toutes les « capacités » qui influent qu’un peu sur les batailles.

Pretty Warriors

FireEmblemWarriors-3

D’un point de vue présentation, même si les décors sont assez banals, ils n’en restent pas moins très propres et les modèles de personnages sont plus que jolis. Le jeu tourne plutôt correctement en mode portable, ne ralentissant que si on met la misère à une quarantaine d’ennemis en même temps et il propose l’option très cool de privilégier le framerate sur la définition si on le souhaite via les options en mode télé. On peut donc choisir un jeu qui tourne à 60fps, mais avec une plus basse définition ou bien choisir la plus belle option et ne jouer qu’à 30fps. Et franchement, après avoir testé les deux, je ne peux que recommander de jouer à 60fps, puisque la différence dans les graphismes est presque inexistante (ça et aussi parce que j’en ai rien à péter de la haute ou basse définition et ne peux pas vous dire la différence). Le jeu peut également être joué à deux, mais il faut noter que ça ne sera obligatoirement qu’à 30fps avec quelques ralentissement si l’on utilise chacun une attaque spéciale en même temps… Même si on ne s’en rendra compte que si on se focalise là-dessus et non sur le fun que l’on éprouve d’y jouer avec un pote ou sa compagne, parce que le jeu devient immensément fun à deux si l’on adhère au délire Warriors.

Enfin, la chose que l’on attend toujours avec grand espoir d’un jeu de cette série, c’est sa bande-son. Les Warriors utilisent toujours de la bonne grosse guitare électrique et des percussions nerveuses, reprenant parfois les musiques des séries pour lesquelles elles ont les droits et on est encore une fois pas déçus du résultat ! Le jeu se permet même d’offrir deux variations du même thème pour offrir une version plus calme et appropriée lors des phases de stratégie, ce qui est un bonus appréciable et entendre les thèmes les plus connus de Fire Emblem à la sauce gros rock bien gras fait plus que plaisir. Mon seul regret est de ne pas avoir pu mettre la main sur la version collector du jeu, puisque ceux qui auront la chance de l’acheter auront également la bande-son complète sur 3 CD. Étant un avide collectionneur de B.O. de jeux, je n’aurais pas dit non à la possibilité de l’ajouter à mon étagère…

Au final, je pense que vous l’aurez compris : j’ai largement préféré Hyrule Warriors à Fire Emblem Warriors. Il manque à ce nouvel épisode le charme, la personnalité et le sens du détail qui avait été accordé au spin-off hylien et ça m’a quelque peu frustré en y jouant. Après, je tiens à préciser que Fire Emblem Warriors n’en reste pas moins un très bon jeu avec un gameplay très fun et intéressant et est un Warriors se situant dans le haut du panier par rapport une une bonne partie des autres sortis et se situe, par exemple, au dessus de Dragon Quest Heroes II (qui lui avait pour le coup un univers et une histoire travaillés et fun à suivre, mais un gameplay tellement lent que ça en devenait éreintant). L’aspect stratégie respecte bien la série principale et les batailles ne durent jamais trop longtemps, rendant le jeu idéal pour la Nintendo Switch. Par contre, contrairement à Hyrule Warriors, que je peux facilement recommander aux fans de The Legend of Zelda, je ne sais pas si je pourrais recommander Fire Emblem Warriors les yeux fermés aux fans purs et durs de Fire Emblem, puisque le niveau de fan service est bien moindre. Pour le fan des Warriors, il n’y a pas à réfléchir, c’est un bon placement. En fait, si je devais le recommander à un public en particulier, je dirais qu’il peut s’adresser au fan occasionnel de Fire Emblem qui cherche un jeu pas trop prise de tête et qui propose des sessions rapides de bourre-pif pour se détendre après une dure journée, car il n’y aura jamais plus jouissif comme jeu qu’un bon Warriors. Bon ok, peut-être un bon Earth Defense Force aussi, mais mon point se maintient. Fire Emblem Warriors n’est pas le meilleur jeu de la Nintendo Switch, mais il est bien loin d’en être le pire.

…Même s’ils auraient du mettre Palne, Yarne et au moins un Laguz de Path of Radiance pour que je puisse le recommander à 100%.

Benjamin « Red » Beziat

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