Kayane

[Critique Nintendo 3DS] L’Aventure Layton : Katrielle et la conspiration des millionnaires – La Prévisible Aventure

Laventure Layton

Note : exemplaire de jeu fourni par Nintendo.

Quatre ans se sont écoulés depuis la sortie du dernier épisode principal de la série des Professeur Layton. Et en quatre ans, il s’en est passé, des choses en coulisses pour cette série. Les fans s’en souviennent, mais Level-5 a tenté à deux reprises de faire son entrée dans le monde du mobile. La première fois, c’était en 2012 avec Layton Brothers : Mystery Room, un spin-off mettant en scène le frère d’Hershel Layton. Le jeu a bidé. Puis en 2013, le studio annonce Layton 7, l’équivalent mignon et puzzlesque de Killer 7, spécialement taillé pour les mobiles. Et on l’a attendu. Longtemps. Et même encore aujourd’hui, on l’attendrait encore si certains designs recyclés dans L’Aventure Layton n’indiquaient pas que le projet a été avorté. Ces deux échecs ont démontré une chose à Level-5 : les gens veulent du Layton qui soit du Layton et non autre chose… Même si visiblement, ils ne semblent qu’à moitié avoir compris le message, puisque leur obstination à sortir un épisode similaire aux précédents, mais taillé pour le public mobile a résulté sur un jeu qui est loin… Très loin de plaire aux fans. Les retours à la sortie de la version mobile étaient mitigés et, lorsque j’ai reçu la version 3DS, ma copine, qui est une immense fan de la série et qui avait fini le jeu sur son smartphone après trois mois à se forcer d’y jouer pour le finir m’a lâché deux mots qui annonçaient la couleur « Bon courage… ». Maintenant je comprends la portée de ses mots.

Katrielle Layton et le Mystère de l’Histoire Manquante

 L’histoire de l’Aventure Layton est… Plus ou moins inexistante. Katrielle Layton est la fille du célébrissime Hershel Layton. Un jour, Hershel disparaît et laisse sa fille se débrouiller seule. Pour rendre honneur à son père, elle décide d’ouvrir une agence de détectives et tombe dès le premier jour sur un mystérieux chien qui parle et qui lui demande son aide pour résoudre le mystère de ses origines, uniquement pour que cette histoire soit immédiatement mise de côté pour un futur épisode au profit d’un autre mystère « plus important » : la disparition des aiguilles de Big Ben. Puis une fois cette affaire résolue, on enchaîne les histoirettes sans véritable lien jusqu’à un final tellement précipité qu’il ne possède aucun impact émotionnel. Pour avoir fait tous les épisodes de la série, je dois avouer avoir été pas mal déçu de voir cet épisode atteindre le niveau de l’Appel du Spectre, qui lui aussi tentait de nous offrir une scène larmoyante sans comprendre ce qui avait rendu la fin du Destin Perdu aussi violente d’un point de vue dramatique…

Heureusement, même si il manque un véritable fil roue à l’histoire, les petites histoires, elles sont sympathiques. Pas non plus géniales, mais vu que cet épisode s’adresse à une bien plus jeune public que la série principale, on pourra pardonner le fait qu’elles ne contiennent aucune véritable surprise si l’on a suffisamment gagné en connaissances et vu/lu assez de films/livres. C’est plus du niveau Mickey Parade qu’Ace Attorney ou Professeur Layton. Personnellement, en dehors d’une seule affaire, j’ai réussi à systématiquement deviner le fin mot de l’histoire dès que l’indice déterminant nous était montré (soit 10 minutes après le début de l’enquête). Les personnages sont en très grande partie unidimensionnels et vous aurez du mal à trouver ici un véritable méchant, mais cette volonté absolue de nier un quelconque mauvais esprit est plutôt rafraîchissant quand on le compare à toutes les oeuvres complexes auxquels on est confrontés aujourd’hui.

Cependant, et c’est là que va rentrer en compte le plus gros point noir de cet épisode, du fait que ce soit destiné à un jeune public, le joueur un peu plus âgé sera tout le temps confronté à cette sensation constante d’absence de satisfaction. La raison principale ? La structure du jeu, qui transforme le jeu d’enquête en simulateur de marche mélangé à du visual novel.

Katrielle mène ses enquêtes, mais le joueur, lui, ne le fera jamais. La seule chose qu’il peut faire, c’est suivre les flèches dictées par le jeu, cliquer sur les éléments que l’on nous indique, assister à des scènes et aussi et surtout assister impuissant à la résolution des énigmes. Car même si le jeu nous dit que l’on récolte des « indices », ceux-ci n’arrivent que quand Katrielle veut bien que ce qu’elle voit soit un indice et l’on doit juste faire entrer une forme dans une case et se taire. Une fois les 6 « indices » récupérés, on assiste à une scène où Katrielle les intègre tous dans son esprit et assemble elle-même le puzzle, sans nous offrir la possibilité éventuelle de nous tromper en désignant un mauvais coupable, puisque une fois qu’elle a trouvé la réponse, on ne peut que déclencher le début de la scène qui mettra un terme à l’enquête en cours.

Cette absence d’implication du joueur couplée à la nature ultra-prévisible des enquêtes fait que l’on finit beaucoup trop rapidement à s’ennuyer, voire à haïr l’idée de continuer, sachant que l’on aura juste à résoudre les énigmes (plus faciles que ceux des épisodes précédents, au passage) et voir les personnages discuter entre eux et tourner en rond tandis que l’on va les maudire d’être aussi stupides alors que la vérité leur pend au nez depuis déjà 40 minutes…

Et ce qui n’arrange probablement pas les choses vient des contraintes du format mobile, qui a servi de base au jeu, puisque les décors et les personnages se répètent inlassablement, certains étant carrément des versions légèrement modifiées des modèles utilisés dans les épisodes sortis il y a 4 ans. Parce que le jeu est sorti sur mobiles en priorité, l’échelle du jeu s’en est retrouvée considérablement réduite et l’on se retrouve donc face à une sensation de répétitivité et de lassitude bien plus apparente que dans les précédents épisodes. On ne peut pas prendre le temps d’explorer les décors comme dans les précédents épisodes, puisque l’on a déjà eu l’occasion de les voir jusqu’à cinq fois et on n’a littéralement que trois à cinq éléments avec lesquels on peut véritablement interagir au maximum. Heureusement, les décors sont plus que jolis et les musiques, même si pour la plupart reprises des épisodes précédents, restent plus qu’agréables à écouter.

Enfin, et c’est aussi un micro-problème lié au format mobile, la version 3DS est presque entièrement tactile et contient des costumes en DLC payants. Bon, pour les costumes, on va passer, puisqu’ils ne servent vraiment à rien (à part transformer Katrielle en Jotaro de JoJo’s Bizarre Adventure et ce costume se débloque gratuitement avec des pièces que l’on trouve in-game), mais pour l’absence de boutons, c’est pas pratique du tout. On ne peut qu’utiliser le bouton A pour avancer dans les dialogues. Le Circle Pad, utilisé pour la loupe et les déplacements dans les anciens épisodes, est ici complètement oublié. Pourquoi ? Je n’en sais rien et ça sent juste la flemme.

Au final, L’Aventure Layton : Katrielle et la conspiration des millionnaires est un mauvais successeur au Professeur Layton. Ce n’est pas nécessairement un mauvais jeu si vous êtes en dessous d’un certain âge ou bien que vous refusez catégoriquement de voir un jeu un minimum complexe sur mobile et il y a suffisamment de coeur à l’ouvrage pour donner envie de soutenir l’initiative, mais pour les joueurs habitués aux consoles, d’un certain âge et/ou fans de Layton, c’est une sacrée déception. Beaucoup trop prévisible, avec un twist final tout droit sorti d’un chapeau magique, des personnages moins intéressants et sans aucune véritable montée en puissance, ni fil rouge, ma copine et moi avons fini cet épisode avec un goût très amer dans la bouche. On s’est tous les deux forcés à terminer cet épisode dans l’espoir de retrouver l’étincelle qui nous a fait adorer cette série, uniquement pour n’en voir qu’un tout petit fragment à la toute fin avec la promesse d’une suite déjà prévue pour l’été prochain. J’espère juste que pour le prochain épisode Level-5 arrêtera les frais avec les mobiles et que l’on aura le droit à une histoire qui nous tienne en haleine sur la durée avec un peu plus d’enjeux et, surtout, qui nous implique un peu plus. Un jeu d’enquête qui ne nous laisse même pas faire nos propres hypothèses ou déductions, c’est juste un visual novel… Et c’est ce qu’aura été cette Aventure Layton, hélas, ma déception de l’année…

Benjamin « Red » Beziat

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