Kayane

[Critique Nintendo Switch] Pokkén Tournament DX – Quand l’espoir fait vivre…

Pokkén Tournament

Note : Un exemplaire du jeu nous a été fourni par l’éditeur. La critique qui suit est en grande partie basée sur celle que j’avais écrite l’an dernier pour un autre site (qui a depuis disparu et emporté avec lui tous mes articles dans la tombe), bien évidemment remis au goût du jour.

Il y a un an et demi sortait sur Wii U un étrange cross-over, qui mélangeait vaguement les gameplays de Naruto Ultimate Ninja Storm avec un jeu de baston 2D lambda et qui nous offrait la promesse d’un véritable jeu de combat Pokémon : Pokkén Tournament. Un jeu plutôt amusant (et que j’avais bien aimé), mais beaucoup trop confus et pas assez fourni en contenu pour faire bouger les foules. Nintendo a tenté assez rapidement d’en faire un nouveau pilier de l’eSport, mais cet espoir s’est vite retrouvé écrabouillé par le rouleau compresseur de la réalité. Les joueurs avaient la flemme d’acheter une Wii U et le mélange étrange de gameplay 2D et 3D s’enchaînant sans aucune véritable logique rendait le jeu beaucoup trop difficile à regarder sur des streams, réduisant considérablement les chances de succès… Mais Nintendo ne perd pas espoir visiblement, car le jeu ressort sur Nintendo Switch, une console bien plus accessible et répandue avec du contenu en plus. Est-ce que ça fera changer d’avis les joueurs, dont l’intérêt pour le titre semble hélas encore loin de faire des étincelles ? Malheureusement, j’en doute…

Pika-doken !

Pour ce Pokkén Tournament, pas de véritable histoire à proprement parler. On est un dresseur de Pokémon fraîchement arrivé sur l’île de Ferrum et on a envie d’être un jour le meilleur Dresseur, donc on se bat sans répit dans le cadre de la Ligue Pokémon du coin. Et il y a un truc avec un mystérieux Mewtwo noir, mais tout ça passe tellement en second plan qu’on s’en cogne. D’ailleurs tant qu’on en parle, le mode Ligue est une abomination sans nom, car pour arriver au bout du « scénario » on est obligés de faire chacune des ligues, correspondant à un mode de difficulté. Or, la structure de ces ligues fait que le processus d’arriver au boss final est long et peu motivant. Ainsi, il faut d’abord grimper dans un classement imaginaire, où l’on affrontera cinq combattants à la suite, par exemple le N°50, puis le N°38… Puis le N°45, le N°42 et enfin le N°48. Une fois les cinq battus, on passera au rang 43, et on devra à nouveau battre cinq autres Dresseurs dans un ordre aléatoire pour une place arbitrairement choisie, puis cinq autres, etc. Une fois arrivé dans le top cinq, on les affronte de manière logique, jusqu’au Maître de la Ligue, puis on affrontera le Mewtwo noir avant de passer à la Ligue suivante. Et bien évidemment, pour rendre ce mode encore moins engageant, tout est fait pour que l’on ne ressente aucune véritable joie en montant en rang. Il n’y a aucune personnalité marquante. Les différents combattants débitent des lignes qui semblent tirées d’un chapeau imaginaire, au point que l’on n’a pas vraiment de but clair, net et précis. Un des désavantages de la version Wii U était que ce mode solo était une étape obligatoire pour tout débloquer, mais, heureusement, ce n’est plus nécessaire, car absolument tout en dehors des accessoires pour notre Dresseur est débloqué d’office. La version Switch propose également d’alléger le poids de ce mode en rajoutant des objectifs spéciaux, comme utiliser un Pokémon de soutien ou bien utiliser des contre-attaques un certain nombre de fois. Ces objectifs débloquent des fragments d’images ainsi que des titres pour le online, de l’argent et des accessoires, ce qui est sympa, même si ça n’enlève pas vraiment le côté laborieux du mode solo.

Heureusement, le jeu se rattrape sur tous les autres aspects : le mode multi local permet à chacun de jouer avec un Joy-Con (ou une manette au choix) soit en écran splitté à 30 FPS, soit sur un seul écran à 60FPS avec le second joueur légèrement désavantagé, car commençant à l’autre bout de l’arène (ce problème est bien évidemment résolu si vous jouez chacun avec votre propre Switch et votre exemplaire du jeu, même si pour le coup, je n’ai pas eu l’occasion de jouer avec un autre joueur possédant le jeu sur Bordeaux. On nous propose aussi de jouer avec des règles différentes, dont l’utilisation d’objets à la Mario Kart ou bien des combats en 3 VS 3, où chaque joueur choisira trois Pokémon parmi les 21 proposés et pourra par la suite sélectionner en secret celui qui apparaîtra en premier, offrant un tout petit peu de stratégie pré-match, puisque les combattants sélectionnés ont des avantages sur d’autres. Il y a aussi un dojo pour que l’on s’entraîne avec chaque Pokémon, ainsi qu’une liste de mouvements qui permet de mieux cerner les subtilités et combos de chacun, et il y a un coin où l’on peut customiser notre avatar, choisir le message que l’on montrera aux joueurs en ligne et aussi la possibilité de changer la voix de notre coach entre un anglais irritant et un japonais qui l’est un peu moins, ainsi que la possibilité de réduire ses interventions orales – sachant que par défaut, elle ne s’arrête jamais de parler. Enfin, il y a toute une partie online que je n’ai hélas pas vraiment pu tester, faute d’avoir pu être présent aux différentes sessions de test. On a quand même droit aux classiques parties affectant notre classement, les matchs amicaux ainsi que la création de groupe (qui était absente de la version Wii U) et les Replays, qui permettent de voir des matchs de n’importe qui dans le monde avec en prime la liste en temps réel des boutons utilisés. C’est une option très cool et qui pourrait être très utile pour ceux qui voudraient vraiment s’investir dans le jeu et seraient enclins à espionner les meilleurs pour apprendre d’eux.

Une autre nouveauté de la version Deluxe est le Défi Quotidien, qui rajoute un autre mode solo bien plus agréable que le mode Ligue : comme son nom l’indique, le jeu nous impose chaque jour un défi, avec un (ou trois) Pokémon choisi(s) d’avance dans un mode lui aussi prédéfini et il faut réussir à gagner un certain nombre de matchs pour gagner un petit bonus d’expérience et d’argent. C’est simple, rapide et plutôt fun en plus d’offrir une jolie alternative au grinding que nous imposait la version Wii U.

Resident Weavile

pokken-tournament-dx

Comme dit dans l’intro, le gameplay de Pokkén Tournament est un mix entre combats 2D en ligne droite et 3D en arène. Namco Bandai au développement oblige, on pourrait comparer les phases en 2D avec Tekken (sans la possibilité de faire des pas sur les côtés) et celles en 3D avec la série des Naruto Ultimate Ninja Storm. Et tout le système de jeu est basé sur ces “changements de phases”. Pour les déclencher, il faut exécuter des combos spécifiques (ou les subir) et passer de l’un à l’autre non seulement permet de gagner un peu de jauge de “Burst” – pour devenir plus puissant et gagner la possibilité de lancer une attaque dévastatrice – mais elle change aussi la manière de jouer. Ainsi, les phases en 3D nous font principalement miser sur les attaques à distance et les tentatives d’approche, tandis que les phases en 2D sont presque uniquement centrées sur les attaques au corps à corps. Et même si on se fait assez rapidement à ces changements de phase, j’ai toujours cette désagréable sensation que la mécanique a été insérée juste pour différencier ce jeu des autres jeux de baston, sans nécessairement penser à la lisibilité ou au confort de visionnage des amateurs d’eSport, alors que c’est quelque chose qui devient de plus en plus vital à une époque où chacun tente de s’imposer comme la nouvelle référence du genre et se cannibalise sans penser une seule seconde que quelqu’un d’autre peut débarquer la semaine suivante pour les faire rapidement tomber dans l’oubli…

Un système mis en place qui rend le jeu intéressant, c’est tout le système autour de la Défense, les Prises et la Contre-Attaque. Ainsi, se défendre permet d’arrêter une contre-attaque, mais si on se fait attraper, on est parti pour souffrir. Il est possible d’empêcher à nos adversaires de nous prendre en attaquant par dessus ou bien en effectuant nous aussi une prise à la milliseconde près. Et il est possible de contrer une contre-attaque à la condition de nous aussi lancer une contre-attaque et la lâcher après que l’adversaire ait effectué la sienne. Et c’est sans compter sur le fait qu’il est aussi possible de charger certaines attaques normales et d’annuler une contre-attaque pour enchaîner sur un combo plus classique si on se rend compte que notre portée est nulle, rajoutant beaucoup plus de finesse et de profondeur aux combats.

Et là où le jeu impressionne, c’est la diversité et la complexité qu’offre chacun des vingt-et-un Pokémon mis à notre disposition. Aucun ne donne l’impression d’être un doublon. Par exemple, Dimoret – mon préféré – mise quasiment tout sur le corps à corps et les enchaînements extrêmement rapides, tandis que Suicune sera très difficile à approcher, tant ses attaques ont une portée monstrueuse – au point que beaucoup diront qu’il est totalement déséquilibré… Au début. Ectoplasma jouera sur les changements de statuts et les esquives, Braségali et Lucario sur le combat plus classique, mais un peu plus lent et puissant, etc. Ajoutez à cela les Pokémon de soutien, qui offrent des bonus allant de l’augmentation de certaines stats à l’aide à l’attaque, en passant par la régénération de PV, et il y a moyen de rendre chaque combat assez unique. La version Switch ajoute également cinq nouveaux Pokémon, dont le badass Archéduc, qui est plutôt mobile et aussi bon en corps-à-corps qu’à distance ou Cizayox, qui frappe comme une brute, mais qui a une mobilité assez limitée.

Cependant, un détail qui est plus qu’étrange, voire dommageable vient du fait que l’on puisse faire monter en niveaux nos Pokémon et ainsi augmenter leurs statistiques de base. Et ce n’est jamais clairement indiqué si ces augmentations de niveaux se répercutent ou non sur les modes en ligne, mais si c’est le cas, ça peut créer un véritable déséquilibre sur le long-terme. Entre deux joueurs acharnés qui auront fait monter leur Pokémon au maximum, ça passe, mais un combat entre deux joueurs de niveau sensiblement différent ? Pas certain. Bon, après, seul le talent du joueur compte, puisqu’un bon combattant se lançant dans le mode en ligne après avoir suffisamment joué en local pourra battre même les plus élevés au classement, mais l’introduction de niveaux d’expérience, aussi Pokémon cela soit-il, rompt l’équilibre apporté au jeu de base.

Au final, Pokkén Tournament DX ne corrige pas tous les défauts de la version Wii U, mais rajoute suffisamment de contenu pour nous donner la sensation de jouer à un jeu plus complet. Le fait d’avoir vingt-et-un Pokémon jouables au lieu de seize est déjà bien plus appréciable et même si le mode Ligue n’a pas beaucoup changé, le fait qu’il ne soit plus obligatoire est une bénédiction. Cependant, je doute que ce style de gameplay lui permettra d’avoir un jour une place sur le podium des jeux que tout le monde s’arrache sur la scène eSport. Comme dit plus tôt, c’est beaucoup trop confus pour être agréable à regarder. Après, le jeu n’en reste pas moins fun à jouer. Vous filez un Joy-Con à n’importe qui ou à deux personnes n’ayant aucune idée de comment jouer au jeu (ou bien deux experts) et vous passerez un excellent moment. Le fait que ce soit sur Switch va très certainement le rendre bien plus accessible et ça n’en reste pas moins une excellente chose. Cependant, si suite il y aura, une simplification du gameplay et un plus grand nombre de Pokémon jouables sera nécessaire pour rendre le jeu plus attrayant et accessible. Gameplay 2D ou 3D, peu importe, tant que ça ne tente pas de mélanger les deux… Enfin, dans tous les cas, Pokkén Tournament DX est un bon ajout au line-up de la Switch, un bon jeu multi et servira d’un bon jeu pour améliorer les pauses déjeuner/soirées entre amis, ce qui est toujours ça de pris.

Benjamin « Red » Beziat

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