Kayane

[Critique PS4] Dragon Quest Heroes II – Drag on, Quest…

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Note : un exemplaire du jeu a été fourni par l’éditeur. Par ailleurs, je tiens à m’excuser auprès de Square Enix pour l’immense retard que j’ai pris dans cette critique.

On vit une assez curieuse époque. Entre les diverses séries qui reviennent après parfois des décennies d’absence et des cross-over improbables, chaque jour qui passe offre son lot de surprises inattendues. Alors certes, que Omega Force fasse désormais des Warriors avec plus ou moins tout ce qui passe n’est plus une surprise, mais tenter de faire un cross-over avec la série Dragon Quest tout en mélangeant ce qui fait la force des deux séries, c’est potentiellement dangereux. J’avais déjà joué au premier brièvement, mais avais eu la flemme de le terminer, la faute au fait que ce n’était pas une priorité par rapport à la tonne d’autres jeux qui étaient sortis à l’époque. Et là, j’ai essayé. Vraiment. Je veux aimer Dragon Quest Heroes II de toutes mes forces, mais un simple détail a ruiné mon expérience de jeu : l’envie d’être un RPG à la Dragon Quest avant d’être un jeu d’action.

Donjons et Grindons

On va passer très rapidement au dessus de l’histoire, qui comme dans la plupart des Dragon Quest, tient sur un timbre poste : les sept royaumes en paix ne le sont plus le jour où l’un d’eux décide d’attaquer l’autre parce qu’un grand méchant a décidé de manipuler tout le monde pour réveiller un mal ancien et divers héros de divers épisodes de Dragon Quest débarquent sans véritable raison parce que fan service. C’est assez classique, mais pas inintéressant pour autant, car les dialogues sont parfois très bien écrits et les cutscenes jouées avec une sorte de réalisme lié à la motion-capture qui rend l’ensemble moins cartoonesque par rapport à ce que l’on pourrait croire.

Le point qui m’intéresse le plus vient du gameplay en lui-même, qui comme dit plus haut tente de mélanger le style de la série classique des Dragon Quest à l’action ultra-bourrine des Warriors, car c’est là que ça coince. Hyrule Warriors, Dynasty Warriors, Berserk and the Band of the Hawk ont quelque chose que Dragon Quest Heroes II a délibérément décidé d’abandonner : un rythme effréné.

Dans les autres Warriors, les niveaux sont généralement contenus. Ils ont un début, un milieu et une fin, et ladite fin se situe au bout de 20 à 40 minutes de jeu. Là, avec Dragon Quest Heroes II, on a parfois ces choses-là, mais on a aussi et surtout un open-world qui lie ces missions entre elles. De vastes plaines remplies d’ennemis à défoncer ou à esquiver et pas grand chose d’autre. Alors certes, on peut y accomplir des quêtes annexes, qui consistent principalement à tomber sur le bon orbe bleu sur le terrain et taper sur le bon monstre, mais c’est plus ou moins tout. Passé un certain moment, la monotonie l’emporte, au point que l’on a juste envie de passer à la suite… Avant de se rendre compte que, Dragon Quest oblige, si on n’a pas le niveau, le moindre monstre basique sur le terrain peut prendre jusqu’à trente secondes pour être battu. Couplez ça au fait que la barre d’expérience grimpe beaucoup trop lentement le jeu peut vite être vu par certains comme un instrument de torture.

Je n’ai absolument rien contre le grind dans les RPG. J’ai passé des dizaines et des dizaines d’heures sur Dragon Quest VII et VIII récemment (entre autres). Je n’ai pas non plus de problèmes à l’encontre de la formule Warriors. J’ai passé beaucoup trop de temps sur Hyrule Warriors et d’autres jeux de la série Dynasty Warriors, où je m’éclatais à décimer des armées entières en quelques secondes. Là où le grind me pose problème, c’est quand il est imposé dans un jeu d’action à la Dynasty Warriors, qui demande à être constamment attentif. Contrairement aux « on-dit », il ne suffit pas juste de marteler le bouton Carré pour gagner… Et c’est encore moins le cas dans Dragon Quest Heroes, puisque les monstres possèdent parfois des patterns à apprendre sous peine de se prendre des coups pouvant être dévastateurs si on n’a pas le niveau. Et c’est tout bonnement épuisant sur des sessions de plus d’une heure. La dernière fois que j’ai joué intensément à un jeu d’action, c’était NieR Automata (que vous vous devez toujours de faire absolument, au passage, puisque c’est un chef d’oeuvre de Square enix). Ce jeu m’a physiquement épuisé car il était tout aussi demandant, mais contrairement au titre d’Omega Force, NieR possédait un rythme effréné qui nous baladait de scène folle en scène folle presque toutes les demi-heures.

Et c’est sans compter sur les boss, qui sont des sacs à PV imbuvables avec la force de dix tanks. Si ce n’était pour la fonction online du jeu, qui permet d’invoquer des joueurs du monde entier peu importe leur niveau (et donc d’expédier des boss niveau 25 en moins de deux minutes avec des équipiers niveau 99), j’aurais sûrement arrêté de jouer au jeu depuis longtemps, car autant passer 25 minutes sur un boss dans un RPG au tour par tour demandant de surveiller à son rythme la progression du combat est fun, autant passer 25 minutes sur le même boss qui n’a que quelques attaques dans son éventail dans un jeu d’action, c’est juste épuisant.

Dragon Quest Heroes ii

Et c’est juste dommage, parce que le jeu est vraiment superbement bien présenté. J’ai déjà parlé de la joie que m’a procuré les cutscenes et l’écriture, mais visuellement, le jeu peut parfois s’en sortir extrêmement bien, avec des décors qui laissent rêveur, des effets de lumière vraiment cool et des personnages détaillés et parfois tellement nombreux que l’on peut se demander quel genre de magie noire a été utilisée, surtout quand la version PS4 maintient ses 60 images par secondes sans sourciller.

Et musicalement, c’est bien évidemment un bonheur, puisque les musiques de Koichi Sugiyama sont toujours aussi excellentes, même si on peut déplorer le côté flemmard par l’utilisation de thèmes entendus des centaines de fois ailleurs.

Après, est-ce que Dragon Quest Heroes II est un mauvais jeu ? Bien au contraire. Pour toutes les qualités citées plus haut, il est même plus que bon. C’est juste qu’il ne m’a pas happé comme il aurait du le faire. S’il avait possédé un rythme mieux maîtrisé et ne s’était pas autant reposé sur le grinding, il aurait même fait partie de mes jeux préférés de l’année, tant il transpire le travail fait pour le plaisir. Le côté bourrin est toujours satisfaisant une fois le bon niveau atteint, le système d’invocation de monstres est rigolo et les transformations temporaires en monstres puissants est absolument jouissif. De plus, chaque personnage possède des petites subtilités qui font que l’on n’a pas l’impression de jouer le même personnage et l’idée qu’il y ait un bonus différent selon le jour de la semaine est plutôt cool… Mais ce fichu rythme…

Au final, à qui puis-je le recommander ? Le fan de jeu d’action risque d’être déçu à cause de ce sentiment de lenteur imposée. Après, j’imagine que le fan de Dragon Quest peut y trouver son compte s’il accepte de transposer sa passion du grind au style plus orienté action. Et pour le fan de Dynasty Warriors, s’il ne possède pas de Nintendo Switch ou de New Nintendo 3DS pour Hyrule Warriors/Fire Emblem Warriors, ça peut rester un choix valable.

Parfois, ça ne se joue qu’à un simple détail…

Benjamin « Red » Beziat

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