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[Techniques d’Écriture] Comment se la jouer George R.R. Martin, a.k.a tuer ses personnages avec le moins de remords possible !

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S’il y a bien une chose que j’ai appris à la dure en écrivant mes histoires, c’est bien que tuer un personnage… Bah ce n’est pas si évident que ça.

Quand on lit des livres comme Le Trône de Fer ou bien Harry Potter, on a l’impression que les auteurs peuvent aussi facilement tuer des personnages importants que de faire une liste des courses pour le lendemain. La réalité est toute autre, puisque je suis plus ou moins persuadé que le moment où ils ont écrit la scène de mort suivi du « noooon ! » classique d’un personnage environnant, George R.R. Martin et J.K. Rowling ont gentiment fermé leur PC, frappé un mur environnant et ont aménagé un espace dans leur bureau pour se mettre en PLS pendant au moins deux jours.

Pandemonium

(Oui, je case du Pandémonium parce que je crois ne pas en avoir assez parlé encore ♪)

Tuer un personnage important n’est pas une chose facile, car il faut imaginer que si vous lecteurs, êtes affectés par la mort d’un personnage au bout de quelques heures de lecture, nous, auteurs, avons passé des mois, voire des années en compagnie de ces traits d’imagination, tant et si bien que l’on peut parfois éprouver un attachement aussi puissant que si ces créations étaient nos propres enfants et on est très facilement tentés de trouver un moyen de les ramener à la vie (au risque de casser toute tension dramatique).

Voici donc une technique pour essayer d’atténuer votre douleur, tout en faisant que le personnage qui va passer l’arme à gauche ne donne pas l’impression de n’avoir été créé que pour mourir.

Le secret réside dans la préparation de votre histoire. Si dans les premières phases de création vous avez en tête de faire mourir un personnage important, gentil ou méchant, dépêchez-vous de créer sa scène finale, puis écrivez-la. Ça peut être une ébauche, ça peut être la scène dans son intégralité, mais tentez d’arriver à ce stade de son développement en premier avant de créer l’enrobage de ce personnage.

Je vais me servir d’un exemple personnel qui peut être considéré comme un assez gros spoiler pour Les Chroniques de Loutre-Monde, mais je vais quand même rester au maximum vague pour que vous puissiez quand même apprécier le livre.

Fin 2013, alors que j’étais en train de préparer les bases de mon roman, j’avais plus ou moins déjà en tête l’idée d’un mastermind qui aurait mis en application un plan assez élaboré pour mettre le boxon dans Loutre-Monde. Et, méchant très méchant oblige et parce que je voulais quand même que mon histoire ait un happy end, il fallait bien faire disparaître cette menace d’une manière ou d’une autre. Mais étant dans une fiction assez réaliste, il était plus simple de le faire mourir d’une manière ou d’une autre. Et parce que Leo Davis n’est pas un meurtrier, il me fallait trouver quelqu’un d’autre pour faire le sale boulot.

Retour-vers-le-futur

Mais qui ?

Les semaines ont passé et le projet a muté en quelque chose de beaucoup plus complexe et intéressant. L’idée de base de faire mourir le méchant était toujours là, mais déjà je savais que j’allais en baver, puisque ce méchant est très charismatique. Je m’y étais déjà attaché. Sauf que le faire mourir était une nécessité, donc je m’y suis tenu.

Fun Fact : Il faut savoir que je comptais faire du quatrième tome de ma série un « Livre Dont Vous Êtes le Héros ». Le lecteur aurait eu la possibilité de vivre plusieurs fois un même événement sous différents angles avec des conséquences assez différentes, mais quand même une « Vraie Fin » qui aurait fait avancer les choses. Mais, quoi qu’il en soit, en dehors d’une très mauvaise fin, toutes aboutissaient en la mort de ce personnage… Mais l’idée a été en grande partie abandonnée faute de temps et parce que je pensais à absolument tous les embranchements, donc le livre aurait potentiellement fait le double, voire le triple de pages par rapport aux autres tomes.

2015 est arrivé et avec lui est venu le premier mort de l’histoire. Le truc, c’est que je n’avais pas utilisé la technique dont je parle et donc je me suis retrouvé extrêmement mal au moment d’écrire ce passage. Alors certes, ce n’était pas non plus au point de finir en boule par terre, mais beaucoup de larmes ont coulé ce jour-là et j’avais pas vraiment faim le soir venu.

Mais ça m’a servi de leçon, puisque par la suite, j’ai décidé d’utiliser cette technique pour la mise à mort du mastermind. Mi-2015, j’ai donc entrepris d’écrire la suite de mon histoire en omettant au maximum les scènes l’impliquant pour éviter de trop m’y attacher, préférant jeter mon développement sur son entourage, puis ai plus ou moins « rushé » l’écriture du livre pour arriver à la fameuse scène. À ce stade de l’écriture, il n’était qu’un simple méchant caricatural, méchant juste pour être méchant et donc même si je l’aimais bien, je n’avais pas beaucoup de remords au moment où le karma s’est retourné contre lui. Alors oui, je me suis senti mal, d’autant plus qu’il meurt misérablement, mais là où je me suis vraiment senti mal, ce sont dans les semaines qui ont suivi.

Harry Potter

Car même si l’histoire était techniquement terminée et était présente dans son intégralité, je n’avais plus ou moins qu’un squelette de livre sous la main. Ce tome était loin d’être aussi complexe et riche que les précédents alors qu’on y explorait une toute nouvelle société avec tout un panel de nouveaux personnages. De fait, je suis revenu en arrière et ai écrit pas mal de scènes pouvant s’incruster sans trop remettre en cause l’histoire principale tout en enrichissant le background de tous les personnages secondaires… Y compris le méchant, qui a énormément gagné en subtilité et est passé de brute débile en personnage tragique, rendu encore plus misérable par les implications de certaines de ses actions. De fait, quand je relis ce tome désormais, au lieu de me dire « Bien fait pour lui », je ressens de la peine pour le gars. Et quelque chose me dit que ce sentiment ne fera qu’empirer, puisque j’ai encore pas mal d’idées pour le faire « revenir » en creusant encore plus son passé via des flashbacks et autres spin-offs mettant en scène des personnages l’entourant et qui ont pu le croiser un jour ou l’autre.

Bref, tout ça pour dire que gentil ou méchant, si vous voulez tuer un personnage sans vous sentir très mal :

1 : Laissez-le en tant que « personnage-fonction » et développez-le le moins possible le temps d’arriver au moment où vous vous en débarrasserez.

2 : Revenez ensuite en arrière pour écrire des scènes pour le développer tout en procédant à quelques réajustements si jamais ça change un peu l’histoire (même si ça ne devrait poser aucun problème si vous employez la Technique du Puzzle), mais SANS retoucher la scène de sa mort pour éviter d’être tenté de le sauver d’une manière ou d’une autre et ainsi détruire tout sentiment de menace chez le lecteur.

3 : Préparez-vous un thé et des mouchoirs à la relecture une fois que vous vous serez rend compte que vous avez tué un personnage que, au final, vous aimez bien.

4 : Ne jouez pas aux nécromanciens ! C’est peut-être bon pour votre moral et le fan-service, mais ça réduit considérablement l’impact des précédents tomes une fois que tout le monde sait que votre personnage prétendument mort revient plus tard.

Gandalf

S’up ?

Sur ce, je vais repenser aux quelques personnages que j’ai tué et m’isoler dans mes propres tourments en écoutant du Sad Violin.

Benjamin « Red » Beziat

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