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[Critique Wii U] Shantae : 1/2 Genie Hero – Half-cool

Shatae Half Genie

Quand on s’attaque à une série de jeux, on pense assez souvent que les suites seront meilleures que leurs prédécesseurs. Ou au moins qu’ils retiendraient les qualités des précédents épisodes pour en faire quelque chose d’encore plus poli. Bien évidemment, ce fait n’est pas systématique et on peut souvent se trouver avec des suites décevantes. Et, comme vous l’imaginez, c’est le cas de Shantae : 1/2 Genie Hero de Wayforward, qui se retrouve dans la situation assez tendue de devoir succéder à Shantae and The Pirate’s Curse, le meilleur épisode de la série sur énormément de points. Level-design élaboré et intelligent, gameplay fun, musiques parfaites, écriture passionnée… L’épisode Nintendo 3DS avait tout pour plaire et avait été travaillé jusqu’à la perfection.

Et c’est d’autant plus décevant que 1/2 Genie Hero a été financé avec pas mal de succès sur Kickstarter, comme si la pression des backers avait eu raison des développeurs (ce qui est très probable, étant donné que l’impératif de temps est beaucoup plus pressant que quand il s’agit d’un jeu fait « pour le plaisir »).

Half-baked Hero

L’histoire de 1/2 Genie Hero est… Assez particulière : une nuit alors qu’elle dort tranquillement, Shantae est réveillée par une voix mystérieuse qui lui fait comprendre que sa mère est peut-être encore en vie. Et au lieu d’élaborer sur une quête qui aurait pu être assez cool compte tenu de l’intérêt qu’ont les scénaristes pour cet univers, cette intrigue est oubliée dans l’instant pour se focaliser sur l’oncle de Shantae qui veut construire une machine capable de repousser le mal et donc protéger la ville de Scuttle Town. Puis, sans prévenir, on apprend que Shantae est déstituée de sa fonction de génie de la ville, remplacée par une nouvelle-venue qui… Disparaît à peine la moitié du jeu avec l’explication la plus naze au monde.

En y repensant, j’ai juste l’impression que l’équipe avait des idées de scénarios et les a toutes utilisées afin de coller à chaque fois aux thèmes des niveaux, sans non plus prendre la peine de renforcer les liens entre elles. En résulte une impression très désagréable sensation d’inachevé qui donne à l’ensemble un arrière-goût d’épisode « filler », ce qui est encore plus dommage quand on prend en compte le fait que la fin de Pirate’s Curse offrait un cliffhanger intéressant auquel 1/2 Genie-Hero tente de répondre, mais sans vraiment s’en donner la peine…

Half-Boring Zero

Mais là où le bât blesse le plus, c’est probablement dans la structure du jeu en lui-même.

Il existe plusieurs philosophies pour construire des niveaux dans les jeux, mais deux tendances actuelles sont particulièrement notables : celle où les niveaux sont linéaires et reposeront sur un « gimmick » qui sera abandonné sitôt la fin du niveau atteinte (exploitée par quasiment tous les platformers de Nintendo et des jeux comme Shovel Knight) et les niveaux labyrinthiques réutilisables et réutilisés offrant différents niveaux de complexité selon la manière que l’on aura de les approcher. Et c’est dans cette catégorie que se place 1/2 Genie Hero. Le jeu n’offre que 6 niveaux que l’on traversera probablement en dix-quinze minutes la première fois, puis que l’on devra refaire encore et encore au gré des transformations que l’on récupèrera en chemin. Et le truc, c’est qu’ils deviennent mémorables, mais pas pour les bonnes raisons, car on devra constamment faire des allers et retours pour pouvoir obtenir des objets qui soit nous permettront de débloquer l’étape suivante, soit nous permettre de faire un run à 100%. En résulte une sensation de répétitivité et, hélas, d’ennui, heureusement atténué par le fait que l’on puisse se téléporter entre les différentes zones une fois un certain sort acquis et aussi par une option qui nous permet de sortir sitôt notre objectif personnel atteint.

Mais là où ça devient particulièrement dommage, c’est que le jeu possède un problème d’équilibrage monstrueux qui fait qu’une fois une certaine faille trouvée, on aura la flemme de jouer au jeu autrement : la transformation en singe.

Shantae monkey

Le singe est très rapide et saute beaucoup plus haut que Shantae lorsqu’elle est en forme humaine. De plus, sous cette forme, elle peut grimper au mur, rendant les niveaux verticaux ridiculement faciles et la plupart des ennemis peuvent être évités. De fait, on peut tracer comme un V1 dans n’importe quel niveau et tout sentiment de gravité et de dangerosité des situations est tout simplement jeté par la fenêtre. Ajoutez à ça le fait que les containers à coeurs se trouvent facilement et qu’un objet spécial peut réduire de moitié les dégâts adverses et vous vous retrouvez avec un jeu tellement facile que tout intérêt pour le finir peut vite disparaître. Et c’est sans compter que même si le jeu tente de se renouveler constamment en offrant des variations intéressantes sur le papier (des phases de shoot-them-up, une séquence de plateformes sur rails, un niveau labyrinthique), elles n’en restent pas moins ennuyantes, tant l’exécution donne l’impression que ça a été vu et revu partout. Et à l’exception d’un passage en particulier, je n’ai jamais réellement éprouvé de surprise ou de moment en « Ooooh, c’est dingue ! » comme je peux en ressentir en jouant à d’autres platformers comme Klonoa ou Kirby (ou Shovel Knight, créé par d’anciens devs de Wayforward). Après, ça ne veut pas dire que le jeu est mauvais, mais terriblement quelconque, ce qui est dommage quand on prend en compte le fait que Pirate’s Curse faisait plus ou moins la même chose, mais en mieux, avec de véritables obstacles et des aller-retours moins proéminents.

Half-Kinky Hero

1/2 Genie Hero est théoriquement plus beau que The Pirate’s Curse, optant pour des sprites en très haute résolution au lieu de sprites 2D dignes de l’ère PlayStation. Tous les personnages sont très joliment animés et le niveau de détail est beaucoup plus poussé. Les boss en particulier sont imposants et magnifiques (à l’exception du boss final qui fait particulièrement tache), même si visiblement, tous les fantasmes possibles et imaginables sont passés dans le jeu, avec notamment beaucoup d’animaux anthropomorphes étrangement sexy et des monstres gluant aux charmes dérangeants. Sérieusement, si vous avez un fantasme pour un genre de personnage imaginaire, les chances pour qu’il existe dans ce jeu sont grandes (même les femme-araignées)… Enfin, en ce qui concerne la gent féminine, puisque les personnages masculins sont beaucoup plus cartoonesques. Stylisés, mais loin d’être sexys (ce qui est un poil dommage d’un point de vue parité).

Shantae 2

Mais là où ça devient assez débile, c’est que les décors sont rendus dans une 3D assez simpliste qui contraste fortement avec les personnages et casse une homogénéité qui aurait pu faire des miracles. Le moteur et la technique de DuckTales Remastered est clairement à l’oeuvre et c’est pas particulièrement beau à voir. Du coup, The Pirate’s Curse est techniquement plus beau, mais aussi plus impressionnant, puisque les animations étaient particulièrement travaillées.

Et musicalement… Jake Kaufman semble être passé en mode pilotage automatique, puisque aucun morceau dans ce jeu ne m’est resté en tête en dehors du thème principal, ce qui est plus que dommage quand on prend en compte le talent monstrueux du compositeur.

En bref, je pense que vous avez compris que Shantae 1/2 Genie Hero m’a déçu. En soi, il n’est pas un mauvais jeu, mais il est loin d’être excellent, se plaçant en deçà du standard de qualité posé par son prédécesseur. Assez quelconque et manquant cruellement de folie, on sent que les équipes manquaient de temps pour rendre l’ensemble cohérent et très indispensable. Il se finit en moins de cinq heures, mais peut quand même vous tenir la route si jamais vous êtes du genre persévérant et voulez tout débloquer pour atteindre les 100%, donc si vous n’avez pas peur de jouer à quelque chose de banal ou bien que vous n’avez pas fait des masses de platformers, ça peut rester une option à considérer… Même si bon, franchement, privilégiez The Pirate’s Curse si vous ne l’avez pas fait.

Benjamin « Red » Beziat

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