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Final Fantasy XV VS Dofus ou comment rater/réussir son univers transmédia.

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Ça aura pris pas mal de temps, mais j’ai enfin pu finir Final Fantasy XV aujourd’hui. Et même si la critique n’arrivera probablement pas avant la fin de la semaine (spoilers : j’ai pris mon pied), il me faut discuter d’un point qui, du fait que moi-même suis en train d’en faire un avec Loutre-Monde et le Multivers, me tient tout particulièrement à coeur et pour lequel je ne peux que remercier ce jeu : écrire un univers transmédia, c’est tout un art. Un art auquel Square Enix s’était plutôt bien livré à l’époque où il voyaient du Final Fantasy VII partout, mais sur lequel ils se sont majestueusement pris les pieds dans un tapis situé au sommet d’un immeuble de cinquante étage, résultant en une chute assez brutale dont les effets se font déjà voir, avec notamment un de ses éléments dont la prise sera débranchée à peine 5 mois après sa sortie (R.I.P Justice Monster V, petit ange du free-to-play parti trop tôt…).

Mais pourquoi se sont-ils plantés ?

Tout simplement parce qu’ils ont considéré leur oeuvre comme un tout et non la somme de toutes ses parties.

Ça peut sembler assez cryptique, dit comme ça, mais je vais m’expliquer en confrontant l’univers Final Fantasy XV au maître du transmédia : Ankama, qui a bien compris cette leçon avec son Krosmoz et qui a également sorti une très grosse pièce dans cette univers cette année avec l’excellent film Dofus.

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Le Krosmoz est, pour l’instant, assez simple à diviser : il y a la partie Passé, avec Dofus, les mangas, le film et la série télévisée Aux Trésors de Kérubim (que vous devriez tous voir d’urgence tellement elle est parfaite et hélas méconnue) et la partie Futur, comprenant Wakfu et ses divers mangas, la monstrueusement bonne série télévisée Wakfu et ses OAV. J’écarte volontairement les spin-offs du style Krosmaga et les jeux de plateau Krosmaster, qui sont plus des jeux prétexte à des cross-overs et donc n’ayant pas vraiment besoin de maintenir une certaine cohérence.

Et le truc qui fait que l’univers transmédia qu’est le Krosmoz tienne parfaitement la route, c’est que n’importe lequel de ces médias est une porte d’entrée vers le Krosmoz. Personnellement, je suis entré dedans par le biais de la série Wakfu sans rien connaître de la colère d’Ogrest ou bien de ce qu’était un Tofu. Mais je m’en fichais, puisque l’histoire contée par la série ne nécessitait pas que je sache ce que c’était. C’était tout simplement l’histoire d’un groupe d’aventuriers devant accomplir une quête pour sauver le monde et les éléments extérieurs à cette histoire sont introduits naturellement sans non plus totalement perdre le spectateur.

Idem pour le film. Il est certes largement préférable d’avoir vu la série Les Trésors de Kérubim avant d’aller au cinéma, puisque deux des personnages du groupe y étaient introduits en long, en large et en travers, mais ce n’était pas nécessaire, puisque l’écriture faisait qu’ils étaient facilement identifiables. Certes, on peut louper quelques clins d’oeil bien vus, mais l’histoire narrée par le film se suffisait largement à elle-même.

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Le seul point où le Krosmoz peut pêcher, c’est du côté de la « saison 2.5″ de Wakfu, qui demande en partie d’avoir vu un OAV co-produit par Ghibli centré sur Ogrest pour éviter d’être légèrement paumé, mais même là, on peut suivre cette histoire sans trop de problèmes, puisqu’elle reste en majorité centrée sur notre groupe d’aventuriers (et aborde des thématiques vachement sombres, ce qui les rend vraiment cool à regarder). Bien évidemment, il est difficile de regarder cette saison 2.5 sans avoir vu les deux précédentes, mais ça, c’est logique, puisque la série est une entité contenue et continue.

Final Fantasy XV n’est absolument pas comme ça, car il faut avoir tout vu/joué pour vraiment comprendre ce qu’il se passe.

Certes, la quête de Noctis est relativement contenue et « cohérente », malgré les nombreux trous de scénario, mais il est impératif d’avoir vu Kingsglaive pour comprendre l’évolution de certains personnages, voire carrément voir des personnages qui n’apparaissent que quelques secondes dans le jeu. L’anime Brotherhood permet de creuser un peu plus le passé des personnages principaux et de les rendre plus vivants. L’histoire de l’univers Final Fantasy XV a été dispersée aux quatre vents, privant ainsi chaque oeuvre de cette sensation d’appartenance à elle-même au profit d’un tout tentaculaire et désorganisé.

Sans spoiler, l’exemple le plus frappant reste le fait que durant son enfance, Noctis a passé quelques mois en fauteuil roulant. On le voit dans le jeu et le film, mais pourquoi ? On ne le sait pas… Sauf si on a vu l’anime, qui explique un peu plus le pourquoi du comment.

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Un bon univers transmédia verra la personne qui entre dedans pour la première fois poser des questions sur des détails mineurs, là où un univers raté lui fera dire « Mais attends… Et lui, il faisait quoi ? » et ne nous fera pas poser des questions quant au destin de personnages vus dans d’autres oeuvres (coucou Libertus, perso important de Kingsglaive, qui disparaît totalement dans le jeu alors que la fin du film laissait penser qu’il aurait un rôle…). Il ne faut pas que le lecteur/spectateur/joueur aie la sensation qu’il manque un truc une fois le livre/film/jeu terminé sauf si la fin de l’oeuvre destinée à un média en particulier ait une suite dans ledit média, car même si le transmédia a pour but de faire découvrir à une personne un univers par le biais d’un média qu’il apprécie, il est plus que déconseillé de le forcer dans un média qu’il apprécierait moins juste pour qu’il aie le fin mot d’une histoire qu’il a la sensation de commencer. S’il va naturellement vers ces autres médias, alors vous aurez tout gagné, car il y sera allé par curiosité et non par obligation.

Comme dit en intro, je suis actuellement en train de préparer mon propre univers transmédia, avec dans l’idée de faire des mangas, une série de jeux vidéo et même une ou deux séries animées si jamais ça venait à marcher. Et même si je m’évite pas mal des soucis cités ci-dessus en ayant dans l’idée que toutes mes oeuvres seront disponibles sous forme de roman en plus de leur forme prévue, il n’empêche que le problème de créer un ensemble constitué de petits ensembles contenus est un paramètre très énervant à prendre en compte… Surtout quand je n’ai pas choisi la facilité en mettant deux de mes histoires dans la même continuité et que rien que sur ces deux-là, j’ai déjà plus d’une centaine de personnages secondaires à faire vivre tout en leur donnant une impression de vie et pas juste qu’ils soient fonctionnels et en évitant ce sentiment qu’il manque des choses à une histoire ou à une autre. Faisable, mais un casse-tête casse-bonbons.

D’ailleurs, et c’est aussi un conseil que je vous donne si jamais vous avez envie de créer un univers transmédia en plus de ceux donnés ci-dessus : ne déléguez rien et supervisez absolument tout. Ça peut vous rendre fou et donner des airs de dictateur/relou auprès de vos collaborateurs, mais c’est nécessaire pour maintenir une certaine cohérence dans l’oeuvre globale. Ça ne veut pas dire que d’autres personnes ne peuvent pas contribuer, au contraire, mais ça évitera au lecteur d’avoir l’impression que quelque chose est différent.

En ce qui concerne Final Fantasy XV, j’espère que Square Enix réussira à corriger le tir au travers de ses futurs patchs, car… Ouais, il y a encore pas mal de boulot pour polir ce diamant très brut.

Benjamin « Red » Beziat

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