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[Technique d’Écriture] Le livre pour enfants, ou la mission impossible !

snoopy-ecrivain

Note : cet article n’est pas tant une analyse personnelle des techniques d’écriture plus qu’un témoignage basé sur une expérience totalement loupée de ma part et des conseils que je peux prodiguer aux auteurs voulant se lancer dans cette dangereuse aventure.

« Écrire un bouquin, c’est facile ! N’importe qui peut le faire… D’ailleurs, tu fais quoi, comme vrai boulot, à côté ? »

Voilà le genre d’âneries que j’entends assez régulièrement et ce à quoi peuvent faire face pas mal de jeunes auteurs. Écrire un livre demande énormément de temps, de patience et de « détermination », tant et si bien que c’est un métier beaucoup plus difficile que pas mal d’autres. Et ça, je l’ai non seulement appris à la dure en écrivant ma série principale de livres, mais aussi et surtout en tentant d’écrire un spin-off destiné aux enfants.

On pense qu’écrire un livre pour ce genre de public est plus simple, puisqu’il y a « moins de pages, donc forcément moins de boulot ». Or, cette affirmation est également fausse, puisque là où un roman pour un public plus âgé peut se permettre de faire plus ou moins n’importe quoi avec quelques écarts, un roman destiné aux enfants se doit d’être préparé avec un soin bien plus particulier, car chaque mot compte. Chaque tournure de phrase doit être réfléchie quinze fois avant d’être posée et il y a deux règles primordiales à respecter qui ont fait que mon projet a échoué dès la seconde où j’ai tenté de l’écrire pour se transformer en roman pour les 10 ans et plus.

Mais avant de les énoncer, un petit résumé de mon projet, nommé Ellie Silverbard et le Premier Sage. L’histoire d’Ellie se déroule dans Loutre-Monde et est une préquelle aux Multiples Vies de Leo Davis. J’y raconte l’histoire d’une jeune hundini (un chien anthropomorphe, en gros) nommée Ellie Silverbard. Suite à un souci familial, elle est forcée de déménager et donc quitter son île paradisiaque pour aller vivre dans un pays rongé par la misère et l’injustice. Je ne vais pas en dire plus, mais ce livre avait un but triple : offrir à un plus jeune public une histoire qu’ils peuvent lire (car Les Multiples Vies de Leo Davis et Les Chroniques de Loutre-Monde : Eastern Tails sont destinés à un public plus âgé, notamment à cause de scènes assez choquantes et des thématiques parfois bien lourdes), faire découvrir à tous les lecteurs un nouveau continent, ainsi que le passé de certains personnages (dont un que l’on voit enfin « en vrai » pour la simple et bonne raison qu’il est mort à l’époque de Leo Davis) et aussi et surtout traiter de deux thématiques qui me sont chères : vivre avec un handicap et les ravages de la misère humaine… Vous comprenez pourquoi rien qu’en voyant la tournure de ce dernier thème pourquoi mon histoire était vouée à échouer en tant que livre pour enfants… Enfin bref, place aux deux règles.

ellie-silverbard

(Et oui, l’hommage à Fullmetal Alchemist est pleinement assumé ♪)

Primo. Un livre pour enfant doit avoir un but clair : transmettre un message et bien le faire.

Nous, auteurs, sommes des personnes très souvent imbues de nous-mêmes et plutôt ambitieuses. Après tout, au travers de nos livres, nous devenons plus ou moins des donneurs de leçons. Bon, certes, tout dépend aussi de la façon de nous y prendre et de l’intention que l’on a derrière le message que l’on veut transmettre, car certains tenteront de faire entrer leur leçon dans votre crâne à coup de pelle, tandis que d’autres y iront avec beaucoup plus de subtilité.

Dans un livre pour adultes, il est largement préférable d’y aller de manière subtile, autrement le lecteur aura l’impression d’être pris pour un abruti, ce qui peut bien assez vite faire qu’il fermera le livre et ne plus jamais le rouvrir.

Mais dans un livre pour enfants, c’est tout de suite plus compliqué, car il faut que votre message soit subtilement glissé dans la narration (j’y reviens en n°2) sans non plus être dissimulé par trois milliard de couches d’histoires.

Pour en revenir à mon cas et offrir quelque chose de plus concret, un des messages que je voulais absolument transmettre au travers de l’histoire d’Ellie, c’est qu’être handicapé, ce n’est pas nécessairement un obstacle à la réussite. Étant moi-même légèrement handicapé, je voulais que les enfants handicapés aient une héroïne forte avec laquelle ils pourraient s’identifier, tandis que les enfants valides verraient eux-aussi la force intérieure d’Ellie et puissent mieux comprendre qui est la personne qu’ils ont en face et ce qu’ils peuvent potentiellement traverser. Le second message était plus ou moins dans la même veine, puisqu’il est censé offrir de l’espoir aux enfants défavorisés en montrant qu’il est possible de s’en sortir, peu importe la situation financière de notre entourage ou notre entourage lui-même.

Le problème, c’est que plus je développais mon histoire, moins elle était focalisée sur Ellie et Arthur (l’enfant à l’entourage particulièrement toxique) et était plus une « oeuvre globale »… Comme 80% de ce que j’ai écrit jusqu’à présent, car j’adore explorer et faire explorer mon univers pour en présenter un maximum de facettes et montrer un maximum de personnages et leur évolution, résultant en une oeuvre extrêmement complexe qui exploserait assez largement le compteur de pages d’un livre classique destiné à un enfant de sept ans… Or, plus le nombre de pages est grand, plus les chances de nous éparpiller grandissent. Et le problème, c’est qu’en s’éparpillant, à moins de créer une histoire passionnante de bout en bout, on peut plus aisément créer un effet de rejet. Avoir quelques messages dans un livre pour enfant, ce n’est pas non plus un mal, mais il est largement préférable d’éviter d’en avoir trois milliards. De plus, avoir un livre concis et court garantit les chances de motiver l’enfant à lire, parce que lui présenter un pavé de 300 pages, ce n’est pas non plus ce qui est de plus malin (et sachant que moi et la concision, comme en attestent toutes les critiques sur ce blog et le texte que vous êtes en train de lire, ça fait 15, bah ça me demanderait un travail de rigueur et de discipline que je ne peux me résoudre de faire pour l’instant). Passé 10/12 ans, on peut y aller niveau quantité de texte si on sait que l’on fait un travail de grande qualité/bourré de passion contagieuse, mais avant cet âge, ça peut vite devenir compliqué.

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(Image tirée de Fantasy Life, histoire d’illustrer le fait que le livre est une ouverture vers d’autres mondes et le partage temporaire de notre vie avec celles d’autres personnages #PhiloDeBasÉtage #EnVraiJeVoulaisCaserDuFantasyLife)

Deuxio. Il ne faut SURTOUT PAS prendre les enfants pour des abrutis. Jamais.

Contrairement à une croyance populaire qui me hérisse le poil, un enfant, ce n’est pas une chose débile qui s’abrutit encore plus en regardant des « dessins animés débiles ». Bien au contraire. S’il trouve quelque chose de stupide, il le dira lui-même. Et si on tente de lui imposer une leçon, vous savez tout aussi bien que moi que ça sera immédiatement rejeté. Il est possible d’apprendre des leçons aux enfants, mais seulement à la condition qu’on ne le prenne pas pour un abruti.

Ça peut paraître contradictoire, surtout lorsque j’ai dédié tout mon primo à la simplification du message, mais le secret ne réside au final que dans la manière de simplifier les choses. Et ça passe par l’ajout de subtilité et de nuance.

Dans mon cas, j’ai immédiatement raté ce test, parce que mon esprit me dictait de prendre un maximum de précautions, résultant en des dialogues d’une qualité médiocre et un ton involontairement condescendant. Lorsque je me suis rendu compte de ça et couplé aux idées grossissantes de développement de l’univers mettant en scène des personnages beaucoup trop sombres et complexes, c’était fini. J’ai fermé le fichier Word, ne l’ai plus ouvert et suis repassé à Leo Davis, histoire quand même de continuer le tome 5, parce que cette série va encore me prendre au minimum trois ans avant d’être pleinement terminée (sans compter les 3 spin-offs en cours d’écriture).

Je voulais écrire une histoire intéressante pour les enfants, mais je n’ai pas encore acquis les compétences nécessaires pour transmettre de manière efficace un message qui me tient tout particulièrement à coeur sans non plus tomber dans la facilité et écrire quelque chose qui leur serait néfaste, car je n’ai clairement pas envie de donner l’impression que je les prends pour des idiots et je n’ai pas envie qu’eux aussi aient l’impression que je m’adresse en les prenant de haut.

Comme dit en introduction, écrire, c’est un métier. Un métier extrêmement difficile qui certes ne demande pas des efforts physiques intenses, mais qui pompe tellement d’énergie mentale et demande constamment de réfléchir à tout qu’il n’est clairement pas donné à tout le monde d’écrire un livre. En bref, si vous voulez écrire un livre pour les enfants, je vous souhaite bon courage, car c’est clairement l’exercice le plus difficile auquel j’ai fait face jusqu’à ce jour.

Benjamin « Red » Beziat

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