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[Critique Manga] Crazy Zoo, l’ancêtre pas si éloigné de My Hero Academia !

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Le hasard fait parfois très bien les choses, car j’ai pris connaissance de l’existence de Crazy Zoo au détour d’une mini publicité casée à la fin du tome 6 de My Hero Academia. Un autre manga de Kohei Horikoshi (l’auteur de MHA) ? Avec un lapin humanoïde au design monstrueusement cool !? Mais où est-ce que l’on signe !?

Eh bah dire que j’ai galéré pour signer serait ne raconter qu’une facette de la vérité, parce qu’il s’avère que Crazy Zoo a déjà été publié par Delcourt Manga en 2013/2014. Et parce que Kohei Horikoshi n’était pas encore une des nouvelles stars du manga moderne, Crazy Zoo (ou Ôgamadoki Dôbutsuen) a été publié à un nombre d’exemplaires plutôt restreint. Il m’a fallu faire absolument toutes les librairies de Bordeaux pour tomber par hasard sur les trois premiers tomes à Mollat (#MeilleureLibrairieDAquitaine), puis passer commande chez eux pour récupérer les deux derniers tomes et attendre presque deux semaines pour les avoir (sachant que sur Amazon ou autre, le temps d’attente était encore plus long). Est-ce que cette recherche intensive a valu le coup au final ? J’ai envie de dire oui, puisque Crazy Zoo a un petit quelque chose d’intéressant en cela qu’il montre l’évolution qu’a connu Kohei Horikoshi et son équipe pour arriver à l’excellentissime My Hero Academia. Et qui dit évolution dit position de départ… Pas forcément des plus flatteuses.

My Hero Zoo

Crazy Zoo raconte l’histoire de Hana Aoï, une jeune lycéenne extrêmement maladroite venue travailler au zoo Ôgamadoki pendant les vacances d’été afin de prouver au monde qu’elle peut occuper un poste à haute responsabilité et que sa maladresse peut être surmontée. Mais au bout de deux pas dans ce zoo, quelque chose cloche : il n’y a personne. L’endroit est délabré et l’ambiance est loin d’être festive. Elle est carrément sinistre. Hana comprend très vite le pourquoi de son pressentiment lorsqu’elle tombe sur un lapin anthropomorphe géant pouvant parler. Hélas pour elle, il est désormais trop tard pour faire demi-tour et courir et elle est enrôlée de force pour veiller sur un zoo où tous les animaux se transforment en monstres humanoïdes quand il n’y a personne dans le coin.

Un peu plus tard dans cette étrange introduction, on apprend que le lapin nommé Shîna s’avère être le directeur du zoo et est en fait un jeune garçon qui a été maudit par une créature magique alors qu’il maltraitait un animal. Pour redevenir humain, Shîna doit faire de son zoo le parc animalier le plus populaire au monde… Sauf qu’il n’en fout pas une et ne fait que passer son temps à s’amuser avec les animaux de son établissement. Il en incombe donc à Hana de lever la malédiction qui pèse sur Shîna. Une tâche qui risque d’être longue et compliquée, d’autant plus que ce zoo attire la convoitise de pas mal de personnes aux intentions… Des moins inquiétantes.

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Outre son univers et son pitch assez original, Crazy Zoo m’a plu pour les mêmes raisons qui ont fait que je suis devenu obsédé par My Hero Academia : ses personnages. Ils sont nombreux et tous plus ou moins travaillés et on sent à quel point Kohei Horikoshi est un character designer dans l’âme, car il ne s’est pas contenté d’anthropomophiser chacun des animaux de manière classique et conventionnelle, mais carrément de les transformer en monstres. Aucun ne se ressemble au niveau de l’approche qui a été prise pour leur design, au point qu’ils deviennent tous instantanément mémorables. Même les rares personnages humains ont un petit quelque chose qui les rend unique et on s’amuse assez facilement à créer un parallèle entre Hana Aoï de Crazy Zoo et Izuku Midoriya et Ochako Uraraka de My Hero Academia, qui partagent certains traits physiques et de caractère. Shîna en particulier a un design monstrueusement cool et est la véritable star du manga… Même si.

Crazy Zoo est la première série de Kohei Horikoshi et est (à l’époque) un character designer dans l’âme plus qu’un scénariste, et ça se sent un peu, car le manga possède pas mal de petits défauts qui ont largement été corrigés dans son oeuvre suivante. Shîna est censé être le personnage principal, mais ne possède que deux modes de fonctionnement : soit il est en mode joueur/immature et sera donc hautement détestable (surtout dans les trois premiers chapitres, où on a juste envie de le baffer) ou bien il passe en mode énervé et se comporte comme n’importe quel personnage de Shônen populaire. Imaginez Luffy de One Piece en beaucoup plus relou et vous avez une bonne idée du personnage.

Les personnages féminins animaux sont quasiment tous de jolies jeunes femmes humaines une fois transformées (à deux-trois détails près, forcément), là où aucun personnage masculin animal n’aura de visage humain une fois transformé (même si ça, c’est plus la culture qui veut ça, ça n’empêche pas que ça m’exaspère un peu) et le manga se transforme en un manga d’aventure/baston un poil trop classique dès le second tome, laissant tomber un aspect slice of life/développement/étude de personnages plutôt cool introduit durant le premier tome. Ce n’est pas non plus pour dire que ce n’est pas fun à lire, puisque ça permet d’offrir des scénarios vraiment cool et originaux exploitant à fond les capacités de chaque personnage, mais le côté « grand méchant devant être battu par le héros et le héros seul » à la One Piece créé aussi un assez gros problème, surtout lorsque Shîna est un personnage virtuellement inarrêtable et devant ainsi être mis de côté de manière parfois assez ridicule pour tenter de mettre en valeur les autres personnages.

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(Bon ok, cette scène n’arrive pas dans la série, mais c’est une image pré-chapitre qui montre assez bien la variété dans le casting, donc je la case là)

Un autre problème qui me fait dire que faire un manga est immensément plus compliqué qu’il n’y paraît vient de certaines scènes d’action, qui sont parfois illisibles. Il est arrivé deux/trois fois que l’on ne comprenne pas du tout ce qui vient de se passer, car la « caméra » était mal placée ou l’action était beaucoup trop dynamique pour son propre bien. Après, ça ne reste que quelques exceptions sur la globalité du manga et on peut facilement le comprendre par le fait qu’il s’agissait de la première oeuvre d’un character designer.

Enfin, un dernier gros problème est directement lié au fait que Crazy Zoo était un manga paru de manière hebdomadaire dans le Weekly Shônen Jump. Ce magazine étant impitoyable et le manga assez obscur, il a connu une annulation au bout d’une année de publication, résultant en une fin expédiée assez rapidement après seulement deux arcs narratifs (qui tiennent quand même sur cinq tomes). Heureusement, ce n’est pas non plus un « Ah bah en fait, ils vivent heureux et tout est résolu tranquillou-billou », mais plus une fin ouverte et un minimum optimiste qui frustrera, mais pas autant que si la série avait été arrêtée net. Visiblement, l’équipe a eu la chance et le temps de tranquillement offrir deux chapitres de fin un minimum élaborés pour résoudre certains points de scénario, ce qui est plutôt cool.

Par contre, il me faut revenir sur un point qui m’a rendu plus que furieux : la traduction française, qui est totalement aux fraises. Fautes de grammaire et de conjugaison, en plus de tournures de phrases parfois étranges, voire même une incohérence sur le nom d’un personnage et des erreurs de concentration aberrantes, c’est la totale, au point qu’il m’est arrivé de compter une vingtaine de fautes sur un seul tome ! Alors oui, Delcourt ne misait pas énormément dessus et a donc mis le minimum syndical sur la table, mais ils n’avaient pas un correcteur sous la main pour relire !? Le traducteur a-t-il pris la peine de relire son travail au moins ou il a juste fait son taf’ et soumis le texte à l’éditeur avant que son café ne refroidisse ? Parce que à ce stade, on dirait juste une traduction faite par un fan qui fait ça avec toute la bonne volonté du monde, mais qui est un peu maladroit.

Enfin, un point qui est assez rarement discuté : les « bonus ». Comme avec My Hero Academia, Crazy Zoo est plus que généreux dans son offre de petits making-of et anecdotes glissées entre chaque chapitre. On a également le droit à quelques concept-arts montrant l’évolution de certains personnages et, parce que réunir tous les chapitres en quatre tomes semblait être impossible et que le cinquième tome aurait été ridiculement petit si le quatrième avait le même nombre de chapitres que les précédents, les tomes 4 et 5 possèdent des bonus conséquents et plus que fascinants pour quelqu’un comme moi, avide de brouillons et de premières versions, car le tome 4 possède le premier chapitre de la toute première version de Crazy Zoo qui avait été refusée par Shueisha, tandis que le tome 5 abrite le premier « prototype » de My Hero Academia, datant de 2008 ! Les bases de l’univers étaient déjà présentes à cette époque-là, y compris le personnage de Izuku, qui a connu énormément de changements en six ans.

Au final, est-ce que Crazy Zoo est un indispensable ? Non. Vous avez bien vu que cette oeuvre est bardée de défauts ici et là et elle n’offre que très peu de trucs rarement vus ailleurs… Mais cela ne veut pas dire que je me suis pas éclaté à le lire ! Les personnages sont très cool, l’histoire, bien qu’inachevée, est intéressante, et les scènes d’action sont créatives et souvent fun à suivre. De plus, j’ai trouvé très intéressant de constater à quel point Kohei Horikoshi a évolué entre cette série et la suivante, au point que je pense qu’il est quand même important de lire Crazy Zoo, tant ça peut devenir un bon sujet d’étude et de comparaison en matière d’écriture de manga et des erreurs à éviter quand on veut écrire sa propre histoire. Donc si vous êtes fan de My Hero Academia, n’hésitez pas à jeter un coup d’oeil. Vous y trouverez très certainement des ressemblances troublantes.

Benjamin « Red » Beziat

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