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Critique Wii U : Paper Mario Color Splash

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Il y a des jeux dont on n’attend pas grand chose et qui nous surprennent très agréablement, tandis qu’il en existe d’autres pour lesquelles on aura un premier a priori plus ou moins négatif selon le degré de déception véhiculé par le ou les épisodes précédents. Dans le cas de Paper Mario Color Splash, je me situais plutôt dans la seconde catégorie. Je n’avais tellement pas accroché à Sticker Star alors que j’ai dévoré les épisodes précédents et Mario & Luigi Paper Jam Bros., même s’il était sympatoche, n’était que ça. Sympatoche. Certes, ce jeu était développé par Alphadream, donc on pourrait dire que ça ne compte pas vraiment, mais dans tous les cas, le constat est là : Paper Mario n’a pas une aura aussi puissante qu’à l’époque de Thousand Year Door/Super Paper Mario. D’où le fait que j’ai été plus qu’agréablement surpris par ce dernier épisode sortant sur Wii U, puisque personne ne l’attend et le niveau de hype est tellement bas que le fait qu’il va très certainement faire un four m’attriste plutôt pas mal.

(Trailer à regarder à vos risques et périls)

Toads VS Maskasssssss

Color Splash commence de manière plutôt originale, puisqu’il s’ouvre avec une scène à l’ambiance sombre, digne d’un film d’horreur : alors que Mario se la coule douce chez lui un soir d’orage, la Princesse Peach arrive encapuchonnée pour délivrée une lettre bien sinistre contenant… Rien. Car en fait, il s’avère que la lettre en question n’est autre que le « cadavre » blanc d’un Toad dont on aurait aspiré toutes les couleurs ! Mario et Peach vont donc à Port Barbouille pour enquêter sur cette mystérieuse succion et ils ne tardent pas à découvrir qu’une armée de Maskass armée de pailles en est responsable. Mais qui donc se cache derrière tout ça ?

La réponse est tellement évidente que je ne vais pas la dire, et c’est d’ailleurs le seul gros problème de cet épisode : où sont les personnages originaux ? On a des Toads, des Toads, des Toads et erm… Des Toads. Tandis que dans le camps adverse, eh bien on a 80% de Maskass et Sniffits (ceux avec les masques) et le reste des ennemis sont ceux que l’on a vu et revus depuis un sacré paquet d’années, ce qui est franchement dommage, puisque vu les situations que l’on traverse, un peu de variété au niveau du design des personnages n’aurait clairement pas été de refus.

Et même si le scénario est plus que classique et prévisible au point que ça donne l’impression de suivre une liste de choses à faire (avec quand même deux micro-twists plutôt surprenants et bienvenus), Color Splash est un jeu à scénarios, un peu à la Dragon Quest VII. Ainsi, au cours de cette grande histoire, on vivra une tonne de péripéties de taille variable et aux dénouements parfois tellement improbables qu’il aurait fallu être dans la tête des scénaristes pour les voir venir. On sent qu’ils se sont lâchés et y ont injecté toutes les idées les plus débiles qu’ils avaient en tête, tout en retournant au maximum les concepts qu’ils avaient sous la main pour nous surprendre et parfois nous faire hurler de rire (pro-tip : entrez dans le wagon. Je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler, mais c’est plutôt magique).

D’ailleurs, si vous le pouvez au maximum : ne regardez rien qui concerne le jeu et jouez-y au maximum à l’aveugle, puisque 50% de ce qui fait le charme du jeu vient de l’élément de surprise et je m’en serais carrément voulu si j’avais découvert certaines scènes via des trailers, puisque c’est quand le jeu devient le plus improbable possible qu’il devient mémorable.

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Splitch Splotch Fait la Peinture

Ce qui avait créé mon à priori négatif, c’était sa structure, calquée sur celle de Sticker Star : on va de niveau en niveau et chaque niveau a une fin bien délimitée par l’étoile de couleur qui se trouve au bout. Il est parfois nécessaire de faire des allers et retours dans les niveaux précédents, puisque ici, les niveaux sont bien plus interconnectés qu’avant, ce qui est à la fois une bonne et une mauvaise chose. La mauvaise étant bien évidemment, cette sensation de faire les allers et retours énervants, même si le fait que les niveaux peuvent se traverser de bout en bout en quatre minute grand maximum la seconde fois rend le processus moins laborieux. Mais la bonne chose, c’est que l’interconnexion donne la sensation que l’on avance de manière organique. De plus, du fait que chaque niveau est bien construit et bourré de détails, on aura moins cette sensation d’ennui, comme j’avais pu le sentir dans Sticker Star.

Un autre détail qui diffère grandement du précédent épisode vient du fait que l’on est beaucoup moins livrés à nous-mêmes. Car le jeu tourne énormément autour des puzzles de logique et des quêtes de recherche d’objet, mais contrairement à Sticker Star, ici, on peut facilement demander de l’aide à notre compagnon, ou bien à quelques PNJ spécifiquement là pour nous aider. Après, la réponse ne nous est jamais clairement donnée, mais les indications sont toujours limpides et il est donc très rare de pester car on aurait la sensation de tourner en rond.

Ceci dit, il me faut pointer du doigt le second gros défaut du jeu, qui m’a juste donné l’impression de faire face à un immense mur constitué d’Anti-Fun : les boss. Comme dans Sticker Star, les boss ne peuvent être vaincus si on a pas mis la main sur un objet spécifique. Et même si pour la plupart, ledit objet est généralement trouvé sur le chemin, le quatrième boss nécessite un objet qui s’obtient de manière tellement tordue et reposant uniquement sur de très bons yeux que certains pourraient perdre des heures rien que pour l’obtenir… Et c’est pas faute d’avoir tenté de faire des pirouettes pour me passer de l’utilisation de cet objet. Mais non, il le faut obligatoirement, autrement on ne peut avancer. Heureusement, cet arrêt aussi brutal n’est arrivé qu’une fois de toute ma partie, mais les autres boss n’en étaient pas moins énervants, puisqu’ils reposent sur le même schéma et il m’est arrivé deux autres fois d’en faire les frais juste parce que j’avais fait l’erreur d’utiliser l’objet nécessaire à leur oblitération un poil trop tôt et il avait donc fallu me refaire tout le trajet jusqu’à Port Barbouille pour trouver un marchand spécialisé dans l’achat des objets déjà trouvés (et qui est super utile, puisqu’il nous permet d’éviter à nous refaire tout le trajet jusqu’à l’endroit où l’on avait trouvé l’objet… Oh, et il y a aussi des scènes d’action scriptées où le moindre faux pas entraîne le Game Over. Sachant que dans certaines situations on ne sait pas trop quoi faire, bah on peut très facilement enchaîner deux-trois morts avant d’y arriver. Heureusement, il y a toujours des blocs de sauvegarde pile avant, comme si les devs savaients que ces passages avaient été un peu mal fichus.

Le système de combat, quant à lui, est plus ou moins similaire à celui de Sticker Star, puisque nos attaques sont tout simplement des cartes que l’on récupère sur le terrain en repeignant le monde ou bien en tapant des blocs (ou en les achetant si on a la flemme). On sélectionne nos cartes et on peut appuyer sur les bons boutons au bon moment pour infliger un maximum de dégâts. Pour être honnête, je dois avouer qu’il n’y a pas grand chose à dire dessus. C’est simple, mais fun, quoique pas mal déséquilibré, surtout si l’on a pas mal d’argent, puisque l’on peut alors acheter plein de fleurs de feu, qui tuent très facilement 80% des adversaires.

(Le thème des mini-boss, qui est absolument délicieux)

Disco Toad

On ne va pas se mentir : Paper Mario Color Splash est beau ! Pas le plus beau jeu de la Wii U, mais pas loin. Les effets de papier sont assez dingues et les décors sont (pour une fois) vraiment variés. Le travail sur les lumières est tout aussi fou, avec notamment des passages de crépuscule qui nous explosent les yeux et des effets de brouillard pouvant rendre certains lieux sacrément sinistres. Et comme dit plus tôt, les décors sont plutôt variés, avec des lieux que l’on avait pas vu dans un Mario depuis… Un bail. Là-encore, la surprise fait le sel du jeu, donc je ne vais pas trop en dire, mais certains gags visuels parfois ultra subtils ne pouvant être décelés que par des fans de “vieux” jeux (et pas nécessairement Mario ou Nintendo) et d’art classique feront plus que sourire ceux capables de les déceler.

Enfin, il me faut revenir sur les musiques, pour la plupart jouées par de véritables instruments. Elles respirent toutes la passion et rares sont celles à taper sur le système. Moi qui d’habitude en ai marre des thèmes de combat qui se répètent, bah 27h de jeu plus tard (le temps qu’a duré ma partie pour le finir de bout en bout), je continue d’écouter le thème de combat principal sans broncher et l’écoute même pour rédiger cette critique. Le thème d’ouverture est absolument fantastique, allant là où aucun jeu Nintendo n’est allé auparavant (jazz manouche !) et ceux des boss et mini-boss sont tous plus fabuleux les uns que les autres. Les musiques des niveaux, quant à eux, sont très variés et peuvent pas mal rappeler Super Mario Galaxy tant ils peuvent mélanger les genres et tellement ils collent bien aux paysages que l’on traverse. Mention spéciale au thème du dernier donjon, ainsi que le classique niveau hanté qui sont particulièrement mémorables, ainsi qu’un des tout derniers thèmes que l’on peut entendre durant une scène clé, qui est… Plutôt impressionnante.

Au final, Paper Mario : Color Splash est une tuerie monstrueuse. D’un point de vue artistique, c’est parmi ce qui s’est fait de mieux cette année. Idem pour ce qui concerne le niveau de créativité et de folie déversé dans le projet. Et même si on ne peut que regretter ce parti-pris de n’utiliser que des personnages et ennemis vus, revus et rerevus, on ne peut qu’être soufflé devant l’audace de certaines scènes et on rit énormément devant la stupidité ambiante. On sent que l’équipe derrière le jeu s’est fait plaisir au maximum, comme si elle avait eu une certaine frustration à évacuer sur un projet passé et nous livre ici le meilleur adieu à une console que l’on aie jamais eu*.

*Alors oui, The Legend of Zelda Breath of the Wild et Kirby’s Adventure Wii, bla bla bla, mais Zelda sort aussi sur NX et Kirby était certes génialissime, mais pas aussi fou que Paper Mario. D’ailleurs, je profite de cet encart pour vous suggérer de feuilleter le manuel électronique du jeu après avoir fini le jeu, puisqu’il contient une section making of qui spoile énormément de choses, mais qui contient des secrets et anecdotes vraiment intéressantes et drôles.

Benjamin “Red” Beziat

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