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Le « fan service », ou comment tuer un personnage juste en montrant son derrière

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J’étais en train de regarder une seconde fois Seven Deadly Sins sur Netflix quand une révélation m’a frappé le coin du nez avec la force d’un Full Counter de Méliodas : le fan service est mille fois pire que la première fois que j’avais regardé la série.

Et non, Seven Deadly Sins n’est pas une mauvaise série, bien au contraire : l’action est cool, les personnages sont très attachants et certains sont extrêmement bien développés et la musique d’Hiroyuki Sawano… Bah c’est du Sawano, donc forcément, ça défonce.

Mais cette série souffre de deux très gros problèmes, dont un qui avait fait que j’avais failli m’arrêter au deuxième épisode lors de mon premier visionnage et qui donc m’aurait fait louper des moments vraiment intéressants (l’autre problème est directement lié à un problème systémique dont mes livres souffrent également, mais ça serait spoiler les deux oeuvres que d’en discuter plus en profondeur). Comme vous l’aurez certainement deviné, je veux parler du fan service, qui est tellement présent au départ de la série qu’il détruit à tout jamais la crédibilité d’un des personnages les plus importants.

Mais avant d’aller plus loin, je pense qu’il est bien de clarifier ce que j’entends par « fan service », puisqu’il en existe deux catégorie très distinctes. La première, et le meilleur type, consiste en des petits clin d’oeils que les auteurs glissent dans leurs oeuvres, que généralement le grand public ne captera pas nécessairement, mais que les fans ayant lu toutes les oeuvres de l’auteur trouveront parfois drôles ou intéressants, avec une envie d’aller à leur rencontre en criant « Heyooo ! », comme une référence à une toute autre oeuvre ou bien un running gag comme seul Edgar Wright sait les faire (le coup de la musique de borne d’arcade et de la palissade, qui apparaissent dans chacun des films de la Trilogie Cornetto, que vous vous devez absolument de regarder ne serait-ce que 5 fois dans votre vie).

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(J’en profite pour caser une pub gratuite pour The World’s End/Le Dernier Pub Avant la Fin du Monde, que vous devez absolument regarder)

Et on a le second type de fan service… Plus ou moins celui où un personnage est mis dans une situation purement sexuelle juste pour que le lecteur/spectateur se rince l’oeil. Ça peut être tout aussi bien féminin que masculin, mais beaucoup trop souvent le fan service aux dépends des personnages féminins sera remarqué, puisqu’il se fait aux dépends des personnages et leur sexualisation est tellement poussée que le temps d’une scènes, ils ne seront que des objets.

Juste histoire que l’on soit clairs, je n’ai aucun problème avec la nudité dans les oeuvres culturelles si c’est fait de manière classe, esthétique, et que ça ne détruise pas la réputation d’un personnage. Pour le coup Seven Deadly Sins se débrouille plutôt bien avec le personnage de Ban, qui est un homme quasi tout le temps à poil, mais ça n’est jamais pointé du doigt, faisant que l’on accepte se fait sans broncher.

Mais dans le cas de la Princesse Elizabeth, le fan service est tellement poussé jusqu’au cinquième épisode que son personnage perd totalement en crédibilité. Et c’est carrément dommage, puisqu’elle a des moments de doute et de faiblesse parfois assez intéressants, ainsi que deux-trois moments badass. Le problème, c’est qu’elle est constamment à la limite entre personnage avec de la profondeur et simple objet de désirs d’otaku, au point que quand elle fait un truc cool, bah ça passe pas, puisque l’on pense bien plus souvent à comment elle a été introduite plutôt que ce qu’elle peut être à l’instant T. La première minute où on la voit dans la série, elle se fait tripoter les seins par Méliodas, ce qui, en plus d’être bas du front, est aussi une très mauvaise leçon à donner aux adolescents qui pourraient regarder la série.

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(Preuve en est si ce personnage n’a pas été démoli par le fan service : faire une recherche sur Google Image m’a fait tomber sur une image plus que suggestive dès la première ligne ! Activez Safe Search si vous êtes au boulot)

Le pire dans cette histoire, c’est que la série comporte un certain nombre de personnages féminins intéressants, même si là-encore, l’un d’eux tombe victime d’une scène de pur fan service qui aurait pu simplement être une scène comique si la minute montrant son humiliation n’avait pas été si longue et concentrée sur sa poitrine. Heureusement, c’est la seule fois que ça lui arrive, et on a quand même vite fait de l’oublier car elle devient bien plus menaçante par la suite.

Et pour le coup, je vais utiliser cette scène pour illustrer comment résoudre le problème du fan service décrédibilisant.

Imaginez donc la scène : cette femme nommée Jericho affronte Ban, un homme aux pouvoirs surnaturels et celui-ci arrive à la battre sans problèmes. Et parce qu’il est plus ou moins à poil si ce n’est pour le pantalon troué qu’il porte, il décide de piquer l’armure de Jericho et se fait la malle avec. S’en suit une longue scène où des soldats déstabilisés retrouvent la femme en sous-vêtements, prostrée et humiliée. Plan sur les hommes en train de fumer en voyant ses formes et très gros plan de trois secondes sur sa poitrine.

La scène est censée montrer l’humiliation de Jericho, ce qui motive son désir de se venger et de tuer Ban. Le fan service était totalement évitable et aurait permis à Jericho de garder un minimum de dignité en tant que personnage, mais il fallait que le réalisateur décide d’en profiter pour se rincer l’oeil l’espace de quelques secondes.

Comment garder cet élément de nudité tout en la rendant un minimum classe ? Simple : remplacer cette scène par une scène où les soldats tombent sur une Jericho humiliée, mais sans le focus sur ses formes avec un plan d’ensemble sur le personnage et lui fournir plus de répondant au point qu’elle colle un pain au premier homme qui ferait une remarque déplacée, puisqu’il faut rappeler que son humiliation est à la source de sa fureur. Non seulement on se débarrasserait du problème du fan service, mais en plus on parviendrait à établir qu’elle n’a pas besoin d’armes ou d’équipement pour corriger les gens tout en offrant un plan où on voit un max de peau. En gros, faut juste traiter les personnages féminins comme s’il s’agissait d’êtres humains (ou des personnages masculins, comme en atteste le personnage de Ban), et c’est aussi bête que ça.

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(Et je case un Helbram parce que… Eh, il est juste super classe.)

Encore une fois, je ne dis pas qu’il faut bannir toutes les petites culottes de toutes les oeuvres, mais simplement d’arrêter de vouloir faire d’oeuvres un minimum grand public du soft porn qui transforme les personnage visés en simple objets véhicules des fantasmes des auteurs/spectateurs. Il est possible de mettre en avant la beauté des corps humains, comme l’ont font bien des sculpteurs et des peintres durant la Renaissance, sans forcément passer par leur sexualisation. Au mieux, c’est juste de mauvais goût, et au pire, ça tue toute possibilité d’empathie auprès des personnages que l’on suit.

Et je peux comprendre que le sexe, c’est vendeur, et que malheureusement ce qui pousse pas mal de gens à en inclure dans leurs oeuvres, car c’est un moyen sûr et efficace d’attirer le chaland, mais quand bien même cela figurerait sur un cahier des charges, il est tout à fait possible d’en inclure sans forcément dénaturer des personnages ou bien donner la sensation que ça a été forcé dans l’histoire. Il suffit parfois d’un rien pour rendre un personnage intéressant ou carrément le sétruire, et parfois, ce petit rien n’est pas plus grand qu’un simple plan de caméra.

Benjamin « Red » Beziat

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